French poem
À l’honneur de l’incomparable Sylvie
by Tristan L’Hermite (1601–1655)
SÇAVANTES Filles de Memoire, Qui d’vn espoir de gloire Sur vostre double Mont flatez les beaux esprits ; Ie n’ay point de regret d’auoir suiuy vos traces, Et vous rens mille graces Des celestes secrets que vous m’auez apris.
Sans doute mes vers sont plus rares Que ceux de ces Barbares, Qui pour vous obliger font d’inutiles vœux : Et certain desormais qu’ils ont de l’excellence, Ie puis sans insolence Permettre qu’vn Laurier me presse les cheueux.
Quelle plume au siecle où nous sommes Du simple aduœu des hommes Pourroit auec raison flater sa vanité ? Et ie voy toute-fois, que ma fortune est telle Qu’vne voix immortelle Asseure mes escrits de l’immortalité.
Mes chansons ont charmé l’oreille D’vne ieune Merueille Dont l’aimable présence enchante tous les cœurs : Elle trouue en mon stile vne douceur extréme Et confesse elle mesme Que i’ay beaucoup de grace à monstrer ses rigueurs.
Certes, ses bontez sont estranges ; Ie n’ay mis ses loüanges Qu’au Tableau que i’ay fait des rigueurs de ses loix : Cependant à ma gloire elle dit mille choses D’vne bouche de Roses Qui pourroit d’vn seul mot fauoriser des Rois.
Il faut confesser que Syluie Est la honte & l’enuie De tout ce que l’on void de parfaites Beautez : Et que ce rare obiect a bien plus d’aduantage Sur le plus beau visage Que le Soleil n’en a sur les moindres clartez.
Mais ses vertus incomparables Sont vrayment adorables ; Rien n’est égal aux dons qu’elle a receus des Cieux : Et quelque doux apas que tout le monde y loüe, Il faut que l’on auoüe, Que son ame est encore plus belle que ses yeux.
Maistres de la Terre & de l’Onde, Venez du bout du Monde Voir ses beautez sans nombre & sans comparaison : Amour est mon tesmoin, si ie dis que ses flames En surprenant vos ames, Ne leur sçauroient donner de plus belle prison.