French poem
Promesse à Phillis
by Tristan L’Hermite (1601–1655)
CELESTE Obiect de mes desirs, Prenez vous à mes desplaisirs Si ie n’escris à vostre gloire ; Les violences du mal-heur Ne m’ont point laißé de chaleur, Et m’ont rendu l’humeur si noire Que ie ne trouue en ma memoire Que des Images de douleur.
Außi tost que ie me resous À prendre la plume pour vous Dans la veine la plus puissante ; Mille tristes ressentimens S’opposent à ses mouuemens, Mon ardeur deuient languissante, Et ie m’apperçois que i’enfante Des souspirs pour des complimens.
Mais ne croyez pas que ce dueil Me conduise dans le cercueil Auant que ie vous en deffende : Et que ma froide volonté Reconnoisse vostre bonté D’vne ingratitude si grande Que ie vous dérobe vne offrance Que ie dois à vostre beauté ?
L’ennuy qui me fait souspirer Se puisse tousiours empirer Par de plus sensibles outrages, Et iamais la rigueur du Sort Ne me laisse trouuer de port ; Si le plus beau de mes ouurages, Ne vous laisse des tesmoignages D’vn dessein qui me plaist si fort.
Et dés que mes sens appaisez, Treuueront des vers plus aisez Et des lumieres moins communes ; S’il vous plaist de les auoüer, Ie promets de vous les voüer Cessant les plaintes importunes Que ie fais de mes infortunes, Pour commencer à vous loüer.
Dans le plus tranquille loisir Que ma veine puisse choisir, Ie dois vous rendre cét hommage : Mais ie veux si bien vous tirer Que l’on soit forcé d’admirer Les traits de vostre belle Image ; Et que la plus ialouse rage N’ose iamais les censurer.
Lors que dans son plus large cours, Le Soleil allume des iours Qui n’ont rien de froid ny de sombre : Que l’Aurore en versant des pleurs, Seme des perles sur les fleurs, Et qu’on a des plaisirs sans nombre Quand on peut trouuer assez d’ombre Pour se deffendre des chaleurs.
Lors souz vn arbre bien couuert, Estendu sur le gazon vert En vne résveuse posture ; Flatté du doux bruit d’vn ruisseau, D’vn esprit plus clair & plus beau, Comme à l’enuy de la peinture Qu’estale par tout la Nature, I’entreprendray vostre tableau.
Et quand i’auray fait quelque traict De cét adorable portraict, Qui fait desia que ie souspire ; Les Nymphes sans m’incommoder Prés de moy viendront s’accouder, Et la Nayade & le Zephire Perdans le soin de leur Empire, Se tairont pour vous regarder.
Vous pouuez par vostre Beauté Passer pour la Diuinité Qui fut les delices d’Anchise : Mais si ie vous peins vne fois Auec la Trompe & le Carquois, D’vne ardeur innocente éprise, À mesme temps vous serez prise Pour la chaste Reine des Bois.
Amour rauy de mon dessein Sentira dés lors en son sein Les pointes d’vne ardeur nouuelle ; Et iugeant vos diuins appas Francs des atteintes du trespas, Il dira vous voyant si belle, Que si vous n’estiez immortelle Sa mere ne le seroit pas.
Mon ouurage aura du deffaut : Mais si pour vn sujet si haut Ie n’ay point de clartez trop basses : Au sentiment de nos Neueux, Le plus petit de vos cheueux, La moins charmante de vos graces, La moindre marque de vos traces Sera digne de mille vœux.