French poem
Chanson (1)
by Victor Hugo
J’aime à me figurer, de longs voiles couvertes, Des vierges qui s’en vont chantant dans les chemins Et qui sortent d’un temple avec des palmes vertes Aux mains ;
Un rêve qui me plaît dans mes heures moroses, C’est un groupe d’enfants dansant dans l’ombre en rond, Joyeux, avec le rire à la bouche et des roses Au front !
Un rêve qui m’enchante encore et qui me charme, C’est une douce fille à l’âge radieux Qui, sans savoir pourquoi, songe avec une larme Aux yeux ;
Une autre vision, belle entre les plus belles, C’est Jeanne et Marguerite, astres, vous les voyez ! Qui, le soir, dans les prés courent avec des ailes Aux pieds !
Mais des rêves dont j’ai la pensée occupée, Celui qui pour mon âme a le plus de douceur, C’est un tyran qui râle avec un coup d’épée Au cœur !