French poem
Chef-d’œuvre
by Victor Hugo
Vous prêtez au bon Dieu ce raisonnement-ci :
— J’ai, jadis, dans un lieu charmant et bien choisi Mis la première femme avec le premier homme ; Ils ont mangé, malgré ma défense, une pomme ; C’est pourquoi je punis les hommes à jamais. Je les fais malheureux sur terre, et leur promets En enfer, où Satan dans la braise se vautre, Un châtiment sans fin pour la faute d’un autre. Leur âme y tombe en flamme et leur corps en charbon. Rien de plus juste. Mais, comme je suis très bon, Cela m’afflige. Hélas ! comment faire ? Une idée ! Je vais leur envoyer mon fils dans la Judée ; Ils le tueront. Alors, — c’est pourquoi j’y consens, — Ayant commis un crime, ils seront innocents. Leur voyant ainsi faire une faute complète, Je leur pardonnerai celle qu’ils n’ont pas faite ; Ils étaient vertueux, je les rends criminels ;
Donc je puis leur rouvrir mes vieux bras paternels, Et de cette façon cette race est sauvée, Leur innocence étant par un forfait lavée. —