French poem
Crépuscule
by Victor Hugo
Alors souffle le vent, le vent hideux du soir. Chaque brin d’herbe siffle et semble une vipère ; La nuit pâle, éveillant les loups dans leur repaire. Vient et mêle aux buissons les sentiers tortueux ; On entrevoit, au seuil des antres monstrueux, Des sphinx aux yeux de femme accroupis sur leurs pattes ; C’est l’heure des Circés, des larves, des Hécates ; On croit voir briller l’œil des magiques griffons ; Et le noir voyageur, dans les ravins profonds. Se hâte, sans oser regarder en arrière ; L’affreux hallier frissonne autour de la clairière. L’eau sinistre soupire, et l’arbre aux sombres nœuds Se tord farouche au fond des bois vertigineux. Il fait aussitôt dans la place Planter la lance d’un drapeau. Sur la pointe il veut que l’on place Son plus magnifique chapeau. Dans des vases dorés il buvait leur sueur ! (Notes de Victor Hugo.)