French poem
L'Entrée Du Roi
by Victor Hugo
Vous ne m'allez qu'à la hanche; Quoique altier et hasardeux, Vous êtes petit, roi Sanche; Mais le Cid est grand pour deux.
Quand, chez moi, je vous accueille Dans ma tour et dans mon fort, Vous tremblez comme la feuille, Roi Sanche, et vous avez tort.
Sire, ma herse est fidèle; Sire, mon seuil est pieux; Et ma bonne citadelle Rit à l'aurore des cieux.
Ma tour n'est qu'un tas de pierre, Roi, mais j'en suis le seigneur; Elle porte son vieux lierre Comme moi mon vieil honneur.
Mes hirondelles sont douces; Mes bois ont un pur parfum, Mes nids n'ont pas dans leurs mousses Un cheveu pris à quelqu'un.
Tout passant, roi de Castille, More ou juif, rabbin, émir, Peut entrer dans ma bastille Tranquillement, et dormir.
Je suis le Cid calme et sombre Qui n'achète ni ne vend, Et je n'ai sur moi que l'ombre De la main du Dieu vivant.
Cependant je vous admire, Vous m'avez fait triste et nu Et vous venez chez moi, sire; Roi, soyez le mal venu.