Versos French Victor Hugo La nuit, pendant que les pêcheurs sont en mer

French poem

La nuit, pendant que les pêcheurs sont en mer

by

Listen in the reader

Les visions se répandent Dans le firmament terni ; De hideux nuages pendent Au noir plafond infini ; L’étoile y vient disparaître ; Il semble qu’une main traître, Guettant les astres vermeils, Au fond de l’ombre indignée, Tend ses toiles d’araignée Pour ces mouches, les soleils.

L’arbre se tord sur la côte ; Le flot s’acharne au récif ; Une clameur triste et haute Avertit l’homme pensif ; L’écume roule, avalanche ; La lame féroce et blanche Luit comme l’yatagan ; La terre sanglote et souffre, Livrée aux baisers du gouffre, Au viol de l’ouragan.

La mer n’est plus qu’épouvante ; Le ciel s’effare ; on dirait Que la nature vivante Devient songe et disparaît ; Tout prend l’aspect et la forme D’une horrible ébauche énorme Ou d’un grand rêve détruit ; Les ténèbres en décombres Emplissent de leurs blocs sombres L’antre immense de la nuit.

Ah ! n’est-ce pas, Dieu sublime, Dieu qui fis l’arche et le pont, Que tout naufrage est un crime Et que quelqu’un en répond ? S’il manque une seule tête, Tu puniras la tempête ; Tu sais, toi qui nous défends Et qui fouilles les repaires, Le compte de tous les pères, Le nom de tous les enfants !