Versos French Victor Hugo Le dimanche

French poem

Le dimanche

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— Je n’ai pas entendu le facteur frapper. — Certe ! Votre porte aujourd’hui, monsieur, n’est pas ouverte. — Ah bah ! — Vous n’aurez pas aujourd’hui de journaux. — Pourquoi ?

Pourquoi ? Mary, qui vient d’éteindre ses fourneaux, Est superbe ; elle a mis sa grande coiffe blanche.

— Ni de lettres. — Pourquoi ? — Parce que c’est dimanche. — Eh bien ? — On ne lit pas de lettres ce jour-là. — Pourquoi ? — Parce que Dieu fit le monde. Il parla Et travailla pendant six jours. — Soit. Que m’importe ? — Le dimanche on ne peut frapper à votre porte. — Mais pourquoi ? — C’est le jour où Dieu s’est reposé.

Apprendre au maître, impie et français, l’A B C, C’est beau ; Mary triomphe, et ne se sent pas d’aise, Étant bonne chrétienne et servante irlandaise. On entend bourdonner la cloche dans la tour.

* Ainsi l’infini va jusqu’au septième jour ! Arrivé là, c’est dit ; l’infini devient morne, Reste court, et s’arrête épuisé ; c’est sa borne. Nous appelons cela le dimanche. Il est sûr Qu’il faut pour faire un ciel bien des rouleaux d’azur, Qu’un chêne à fabriquer n’est pas un mince arbuste, Et qu’il faut une échelle étrangement robuste Et que l’échafaudage ait été bien construit Pour peindre l’aube à fresque au mur noir de la nuit. Ainsi ce grand travail qu’on nomme la nature Ne s’est point terminé sans quelque courbature ! Ainsi le Tout-Puissant a dit : Je n’en puis plus ! Et las, suant, soufflant, ankylosé, perclus, Pris d’un vieux rhumatisme incurable à l’échine, Après avoir créé le monde, et la machine Des astres pêle-mêle au fond des horizons, La vie et l’engrenage énorme des saisons, La fleur, l’oiseau, la femme, et l’abîme, et la terre, Dieu s’est laissé tomber dans son fauteuil Voltaire !