Versos French Victor Hugo Le Parisien du faubourg

French poem

Le Parisien du faubourg

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Il fait la noce éternelle. La table est dans la tonnelle ; Mort ivre, il tombe dessous ; Et, c’est là sa réussite, Il va, quand il ressuscite, Au paradis pour six sous.

Rire et boire, et c’est la vie ! On régale ; on se convie Sur le vieux comptoir de plomb ; Toujours fête ; et le dimanche Tient le lundi par la manche ; Le dimanche a le bras long.

Le broc luit sous les charmilles. — Nous tendrons un verre aux filles Et nous les embrasserons ; Être heureux, c’est très facile. La Grèce avait le Pœcile, La France a les Porcherons.

Las, on se couche aux carrières… — Oh ! ce peuple des barrières ! Oh ! ce peuple des faubourgs ! Fou de gaîtés puériles, Donnant quelques fleurs stériles Pour tant de profonds labours !

Il dort, il chante, il s’irrite. Rome dit : quel sybarite ! Sybaris dit : quel romain ! À toute minute il change ; Et ce serait un archange Si ce n’était un gamin.

L’athénien est son père. Par moments on désespère ; Il quitte et reprend son bât. Devinez cette charade : Il achève en mascarade Ce qu’il commence en combat.

Il n’a plus rien dans les veines ; Il emploie aux danses vaines Ces grands mois, juillet, août ; Quel bâtard, ou quel maroufle ! — Mais un vent inconnu souffle ; Il se lève tout à coup,

Tout ruisselant d’espérance, Disant : Je m’appelle France ! Splendide, ivre de péril, Beau, joyeux, l’âme éveillée, Comme une abeille mouillée De rosée au mois d’avril !

Il se lève formidable, Abordant l’inabordable, Prenant dans ses poings le feu, Sonnant l’heure solennelle, Ayant l’homme sous son aile Et dans sa prunelle Dieu !

Fier, il mord dans le fer rouge. Il change en éden le bouge, Enfante chefs et soldats, Et, se dressant dans sa gloire, Finit sa chanson à boire Par ce cri : Léonidas !

Qu’un autre lui jette un blâme. Il est le peuple et la femme ; C’est l’enfant insoucieux Qui soudain s’allume et brille ; Il descend de la Courtille, Mais il monte dans les cieux.