Versos French Victor Hugo Malédiction

French poem

Malédiction

by

Listen in the reader

Qu’il erre sans repos, courbé dès sa jeunesse, En des sables sans borne où le soleil renaisse Sitôt qu’il aura lui ! Comme un noir meurtrier qui fuit dans la nuit sombre, S’il marche, que sans cesse il entende dans l’ombre Un pas derrière lui ! En des glaciers polis comme un tranchant de hache, Qu’il glisse, et roule, et tombe, et tombe, et se rattache De l’ongle à leurs parois ! Qu’il soit pris pour un autre, et, râlant sur la roue, Dise : Je n’ai rien fait ! et qu’alors on le cloue Sur un gibet en croix ! Qu’il pende échevelé, la bouche violette ! Que, visible à lui seul, la mort, chauve squelette, Rie en le regardant ! Que son cadavre souffre, et vive assez encore Pour sentir, quand la mort le ronge et le dévore, Chaque coup de sa dent ! Qu’il ne soit plus vivant, et ne soit pas une âme ! Que sur ses membres nus tombe un soleil de flamme Ou la pluie à ruisseaux ! Qu’il s’éveille en sursaut chaque nuit dans la brume, Et lutte, et se secoue, et vainement écume Sous des griffes d’oiseaux !