French poem
Pétrarque
by Victor Hugo
Elle n'est plus ici; cependant je la vois La nuit au fond des cieux, le jour au fond des bois! Qu'est-ce que l'œil de chair auprès de l'œil de l'âme? On est triste; on n'a pas près de soi cette femme, On est dans l'ombre; eh bien, cette ombre aide à la voir, Car l'étoile apparaît surtout dans le ciel noir. Je vois ma mère morte, et je te vois absente, O Laure! Où donc es-tu? Là-bas, éblouissante. Je t'aime, je te vois. Sois là, ne sois pas là, Je te vois. Tout n'est rien si tout n'est pas cela, Aimer. Aimer suffit; pas d'autre stratagème Pour être égal aux dieux que ce mot charmant: J'aime. L'amour nous fait des dons au-dessus de nos sens, Laure, et le plus divin, c'est de nous voir absents; C'est de t'avoir, après que tu t'es exilée; C'est de revoir partout ta lumière envolée! Je demande: Es-tu là, doux être évanoui? La prunelle dit: Non, mais l'âme répond: Oui.