French poem
V
by Victor Hugo
Et les écueils centenaires Rendent des bruits de tonnerres Dans l'ouragan; Il semble en ces nuits d'automne Qu'un canon monstrueux tonne Sur l'océan.
L'ombre est pleine de furie. O chaos! onde ahurie, Caps ruisselants, Vent que les mères implorent, Noir gouffre où s'entre-dévorent Les flots hurlants!
Comme un fou tirant sa chaîne, L'eau jette des cris de haine Aux durs récifs; Les rocs, sourds à ses huées, Mêlent aux blêmes nuées Leurs fronts pensifs.
La mer traîne en sa caverne L'esquif que le flot gouverne, Le mât détruit, Et la barre, et la voilure Que noue à sa chevelure L'horrible nuit.
Et sur les sombres falaises Les pêcheuses granvillaises Tremblent au vent, Pendant que tu ris sur l'onde, De l'autre côté du monde, Soleil levant!