French poem
Viii
by Victor Hugo
Oh! quoi que nous fassions et quoi que nous disions, Soit que notre âme plane au vent des visions, Soit qu'elle se cramponne à l'argile natale, Toujours nous arrivons à ta grotte fatale, Gethsémani, qu'éclaire une vague lueur! O rocher de l'étrange et funèbre sueur! Cave où l'esprit combat le destin! ouverture Sur les profonds effrois de la sombre nature! Antre d'où le lion sort rêveur, en voyant Quelqu'un de plus sinistre et de plus effrayant, La douleur, entrer, pâle, amère, échevelée! O chute! asile! ô seuil de la trouble vallée D'où nous apercevons nos ans fuyants et courts, Nos propres pas marqués dans la fange des jours, L'échelle où le mal pèse et monte, spectre louche, L'âpre frémissement de la palme farouche, Les degrés noirs tirant en bas les blancs degrés, Et les frissons aux fronts des anges effarés!
Toujours nous arrivons à cette solitude, Et, là, nous nous taisons, sentant la plénitude!
Paix à l'Ombre! Dormez! dormez! dormez! dormez! Êtres, groupes confus lentement transformés! Dormez, les champs! dormez, les fleurs! dormez les tombes! Toits, murs, seuils des maisons, pierres des catacombes, Feuilles au fond des bois, plumes au fond des nids, Dormez! dormez, brins d'herbe, et dormez, infinis! Calmez-vous, forêt, chêne, érable, frêne, yeuse! Silence sur la grande horreur religieuse, Sur l'Océan qui lutte et qui ronge son mors, Et sur l'apaisement insondable des morts! Paix à l'obscurité muette et redoutée! Paix au doute effrayant, à l'immense ombre athée, A toi, nature, cercle et centre, âme et milieu, Fourmillement de tout, solitude de Dieu! O générations aux brumeuses haleines, Reposez-vous! pas noirs qui marchez dans les plaines! Dormez, vous qui saignez; dormez, vous qui pleurez! Douleurs, douleurs, douleurs, fermez vos yeux sacrés! Tout est religion et rien n'est imposture. Que sur toute existence et toute créature, Vivant du souffle humain ou du souffle animal, Debout au seuil du bien, croulante au bord du mal, Tendre ou farouche, immonde ou splendide, humble ou grande, La vaste paix des cieux de toutes parts descende! Que les enfers dormants rêvent les paradis! Assoupissez-vous, flots, mers, vents, âmes, tandis Qu'assis sur la montagne en présence de l'Être, Précipice où l'on voit pêle-mêle apparaître Les créations, l'astre et l'homme, les essieux De ces chars de soleils que nous nommons les cieux, Les globes, fruits vermeils des divines ramées, Les comètes d'argent dans un champ noir semées, Larmes blanches du drap mortuaire des nuits, Les chaos, les hivers, ces lugubres ennuis, Pâle, ivre d'ignorance, ébloui de ténèbres, Voyant dans l'infini s'écrire des algèbres, Le contemplateur, triste et meurtri, mais serein, Mesure le problème aux murailles d'airain, Cherche à distinguer l'aube à travers les prodiges, Se penche, frémissant, au puits des grands vertiges, Suit de l'oeil des blancheurs qui passent, alcyons, Et regarde, pensif, s'étoiler de rayons, De clartés, de lueurs, vaguement enflammées, Le gouffre monstrueux plein d'énormes fumées.
Guernesey, 2 novembre 1855, jour des morts.
TABLE DU TOME SECOND 1843-1856. Pages. LIVRE QUATRIÈME. PAUCA MEÆ.
I Pure innocence! vertu sainte! II 15 FÉVRIER 1843 III TROIS ANS APRÈS IV Oh! je fus comme fou dans le premier moment V Elle avait pris ce pli dans son âge enfantin VI Quand nous habitions tous ensemble VII Elle était pâle, et pourtant rose VIII A qui donc sommes-nous? IX O souvenirs! printemps! aurore! X Pendant que le marin, qui calcule et qui doute XI On vit, on parle XII A QUOI SONGEAIENT LES DEUX CAVALIERS DANS LA FORÊT XIII VENI, VIDI, VIXI XIV Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne XV A VILLEQUIER XVI MORS XVII CHARLES VACQUERIE
LIVRE CINQUIÈME. EN MARCHE.
I A AUG. V II AU FILS D'UN POETE III ÉCRIT EN 1846.--ÉCRIT EN 1855 IV La source tombait du rocher V A MADEMOISELLE LOUISE B. VI A VOUS QUI ÊTES LÀ VII Pour l'erreur, éclairer, c'est apostasier VIII A JULES J. IX LE MENDIANT X AUX FEUILLANTINES XI PONTO XII DOLOROSÆ XIII PAROLES SUR LA DUNE XIV CLAIRE P. XV A ALEXANDRE D. XVI LUEUR AU COUCHANT XVII MUGITUSQUE BOUM XVIII APPARITION XIX AU POETE QUI M'ENVOIE UNE PLUME D'AIGLE XX CERIGO XXI A PAUL M. XXII Je payai le pêcheur, qui passa son chemin XXIII Le vallon où je vais tous les jours est charmant XXIV J'ai cueilli cette fleur pour toi XXV O strophe du poëte XXVI LES MALHEUREUX
LIVRE SIXIÈME. AU BORD DE L'INFINI.
I LE PONT II IBO III Un spectre m'attendait IV Écoutez. Je suis Jean V CROIRE, MAIS PAS EN NOUS VI PLEURS DANS LA NUIT VII Un jour, le morne esprit, le prophète sublime VIII CLAIRE IX A LA FENÊTRE PENDANT LA NUIT X ÉCLAIRCIE XI Oh! par nos vils plaisirs, nos appétits, nos fanges XII AUX ANGES QUI NOUS VOIENT XIII CADAVER XIV O gouffre! l'âme plonge et rapporte le doute XV A CELLE QUI EST VOILÉE XVI HORROR XVII DOLOR XVIII Hélas! tout est sépulcre XIX VOYAGE DE NUIT XX RELLIGIO XXI SPES XXII CE QUE C'EST QUE LA MORT XXIII LES MAGES XXIV EN FRAPPANT À UNE PORTE XXV NOMEN, NUMEN, LUMEN XXVI CE QUE DIT LA BOUCHE D'OMBRE