French poem
Voiture
by Vincent Voiture (1597–1648)
L’on jugerait par la blancheur De Bourbon, et par sa fraîcheur, Landrirette ; Qu’elle a pris naissance des lys, Landriry.
Jamais l’œil du soleil Ne vit rien de pareil, Ni si plein de délice, Rien si digne d’amour, Si ce ne fut le jour Que naquit Arthenice.
Les demoiselles de ce temps Ont depuis peu beaucoup d’amants… Voici votre Voiture et son galant Permesse ; Quoique guindé parfois, il est noble toujours ; On voit tant de mauvais naturel de nos jours, Que ce brillant monté m’a plu, je le confesse.
On voit (c’est un beau tort) que le commun le blesse, Et qu’il veut une langue à part pour ses amours ; Qu’il croit les honorer par d’étranges discours : C’est là de ces défauts où le cœur s’intéresse.
C’était le vrai pour lui que ce faux tant blâmé ; Je sens que volontiers, femme, je l’eusse aimé. Il a d’ailleurs des vers pleins d’un tendre génie.
Tel celui-ci, charmant , qui jaillit de son cœur : « Il faut finir ses jours en l’amour d’Uranie. » Saurez-vous, comme moi, comprendre sa douceur ? Soyez, Seigneur, bien revenu De tous vos combats d’Allemagne, Et du mal qui vous a tenu Sur la fin de cette campagne, Et qui fit penser à l’Espagne Qu’enfin, le ciel, pour son secours, Était prêt de borner vos jours Et cette valeur accomplie Dont elle redoute le cours. Mais, dites-nous, je vous supplie :
La mort, qui, dans le champ de Mars, Parmi les cris et les alarmes, Les feux, les glaives, et les dards. Le bruit et la fureur des armes, Vous parut avoir quelques charmes, Et vous sembla belle autrefois, À cheval, et sous le harnois ; N’a-t-elle pas une autre mine, Lorsqu’à pas lents elle chemine Vers un malade qui languit ? Et semble-t-elle pas bien loide, Quand elle vient, tremblante et froide, Prendre un homme dedans son lit ?
Lorsque l’on se voit assaillir Par un secret venin qui tue. Et que l’on se sent défaillir Les forces, l’esprit, et la vue ; Quand on voit que les médecins Se trompent dans tous leurs desseins,
Et qu’avec un visage blême, On oit quelqu’un qui dit tout bas : Mourra-t-il ? ne mourra-t-il pas ? Ira-t-il jusqu’au quatorzième ? Monseigneur, en ce triste état, Confessez que le cœur vous bat, Comme il fait à tant que nous sommes ; Et que vous autres, demi-dieux, Quand la mort ferme ainsi vos yeux, Avez peur comme d’autres hommes.
Tout cet appareil des mourants, Un confesseur qui nous exhorte, Un ami qui se déconforte, Des valets tristes et pleurants, Nous font voir la mort plus horrible. Et crois qu’elle était moins terrible Et marchait avec moins d’effroi, Quand vous la vîtes aux montagnes De Fribourg, et dans les campagnes Ou de Nordlingue, ou de Rocroi.
Vous semblait-il pas bien injuste, Que, sous l’ombrage des lauriers Qui mettent votre front auguste Sur celui de tant de guerriers, Sous cette feuille verdoyante Que l’ire du ciel foudroyante Respecte et n’oserait toucher, La fièvre chagrine et peureuse, Triste, défaite et langoureuse. Eût le cœur de vous approcher, Qu’elle arrêtât votre courage, Qu’elle changeât votre visage, Qu’elle fît trembler vos genoux ? Ce que Rellone détruisante,
Dans le fer, les feux et les coups, Ni Mars au fort de son courroux , Ni la mort tant de fois présente, N’avaient jamais pu dessus vous.
Voyant qu’un trépas ennuyeux Vous allait mener en ces lieux Que nous appelions l’onde noire, Autrement manoir Stygieux, Vous consoliez-vous sur la gloire De vivre longtemps dans l’histoire ? Ou sur cette immortalité, Que nous avons, malgré les âges, La Sucie et moi, projeté De vous donner dans nos ouvrages ?
De vos faits il eût fait un livre Bien plus durable que le cuivre ; Et moi, si j’ose m’en vanter. Je mérite assez de le suivre ; Mais nous eussions eu beau chanter, Avant que vous faire revivre. Les neuf filles de Jupiter, Qui savent tant d’autres merveilles, Avecque leurs voix nonpareilles N’ont pas l’art de ressusciter. La mort ne les peut écouter, Car la cruelle est sans oreilles. Dès le vieux temps qu’Orphée harpa Si doucement qu’il l’attrapa, Et qu’il lui fit rendre Eurydice, Le noir Pluton les lui coupa, Et les conduits en étoupa.
« Ce fut une grande injustice. » Depuis on a beau la prier, Beau se plaindre, hurler, et crier, Blâmer la rigueur de ses armes, Tout ce bruit n’est point entendu. Pour nos plaintes et pour nos larmes, Pour nos cris et pour nos vacarmes, On ne voit rien qu’elle ait rendu.
Nous autres faiseurs de chansons, De Phébus sacrés nourrissons, « Peu prisés au siècle où nous sommes, » Saurions bien mieux vendre nos sons, S’ils faisaient revivre les hommes Comme ils font revivre les noms. Nous eussions appris votre gloire A toute la postérité, Et consacré votre mémoire Au temple de l’éternité. Mais de nos œuvres magnifiques, De nos airs et de nos cantiques. Seigneur, vous n’eussiez rien ouï, L’air et le ciel, la terre et l’onde, Et tout ce qui se fait au monde Était pour vous évanoui.
Commencez doncques à songer Qu’il importe d’être et de vivre, Pensez mieux à vous ménager ; Quel charme a pour vous le danger. Que vous aimiez tant à le suivre ? Si vous aviez dans les combats D’Amadis l’armure enchantée, Comme vous en avez le bras Et la vaillance tant vantée ; De votre ardeur précipitée , Seigneur, je ne me plaindrais pas. Mais en nos siècles où les charmes Ne font pas de pareilles armes.
Qu’on voit que le plus noble sang, Fût-il d’Hector ou d’Alexandre, Est aussi facile à répandre Que l’est celui du plus bas rang ; Que, d’une force sans seconde, La mort sait ses traits élancer, Et qu’un peu de plomb peut casser La plus belle tête du monde ; Qui l’a bonne y doit regarder. Mais une telle que la vôtre Ne se doit jamais hasarder : Pour votre bien et pour le nôtre, Seigneur, il vous la faut garder.
C’est injustement que la vie Fait le plus petit de vos soins ; Dès qu’elle vous sera ravie, Vous en vaudrez de moitié moins. Soit roi, soit prince, ou conquérant, On déchet bien fort en mourant ; Ce respect, cette déférence. Cette foule qui suit vos pas, Toute cette vaine apparence Au tombeau ne vous suivront pas. Quoi que votre esprit se propose, Quand votre course sera close, On vous abandonnera fort, Et, seigneur, c’est fort peu de chose Qu’un demi-dieu, quand il est mort.
Du moment que la fière Parque Nous a fait entrer dans la barque Où l’on ne reçoit point les corps. Et la gloire et la renommée Ne sont que songes et fumée, Et ne vont point jusques aux morts.
Au delà des bords du Cocyte Il n’est plus parlé de mérite, Ni de vaillance, ni de sang : L’ombre d’Achille ou de Thersite, La plus grande et la plus petite, Vont toutes en un même rang.
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L’âge, qui toute chose efface, Confond les titres et les noms, Et ne laisse que quelque trace De tous ces inutiles sons Pour qui si fort nous nous pressons ; Les Achilles et les Thésées, Là-bas, sous les tristes lauriers Qui parent les Champs Élysées, Ne sont ni plus grands ni plus fiers, Ni leurs ombres plus courtisées, Par toutes ces odes prisées, Où l’on chante leurs faits guerriers.
Mais je sens que Phébus m’emporte Plus loin que je n’avais pensé, Et me prête une voix plus forte Que celle dont j’ai commencé ; Mon chant s’est bien fort avancé. Prince, que l’Univers admire, Il est temps que je me retire ; Des sons si hauts et si hardis Sont mal accordants à la lyre. Je m’arrête donc, et vous dis :
Aimez, Seigneur, aimez à vivre, Et faites que de vos beaux jours Le long et le fortuné cours De toutes craintes nous délivre : Conservez-vous pour l’Univers.
Parmi tant de périls divers, De vos faits allongez l’histoire ; Et, voyant qu’un destin puissant Doit à votre bras agissant. Tous les étés, une victoire. Pour la France et pour votre gloire, Tâchez d’en vivre jusqu’à cent.
Ma foi, c’est fait de moi, car Isabeau M’a conjuré de lui faire un rondeau. Cela me met en une peine extrême. Quoi ! treize vers, huit en eau, cinq en ême Je lui ferais aussitôt un bateau.
En voilà cinq pourtant en un monceau. Faisons-en huit en invoquant Brodeau, Et puis mettons, par quelque stratagème : Ma foi, c’est fait.
Si je pouvais encor de mon cerveau Tirer cinq vers, l’ouvrage serait beau ; Mais cependant je suis dedans l’onzième, Et ci je crois que je fais le douzième ; En voilà treize ajustés au niveau. Ma foi, c’est fait.
En bon français politique et dévot, Vous discourez plus grave qu’un magot ; Votre chagrin de tout se formalise, Et l’on dirait que la France et l’Église
Tournent sur vous comme sur leur pivot. A tout propos, vous faites le bigot, Pleurant nos maux avecque maint sanglot, Et votre cœur espagnol se déguise En bon français.
Laissez l’État et n’en dites plus mot, Il est pourvu d’un très-bon matelot ; Car, s’il vous faut parler avec franchise, Quoique sur tout votre esprit subtilise, On vous connaît, et vous n’êtes qu’un sot En bon français.
Il faut finir mes jours en l’amour d’Uranie ; L’absence ni le temps ne m’en sauraient guérir, Et je ne vois plus rien qui me pût secourir, Ni qui pût rappeler ma liberté bannie.
Dès longtemps je connais sa rigueur infinie ; Mais, pensant aux beautés pour qui je dois périr, Je bénis mon martyre, et, content de mourir, Je n’ose murmurer contre sa tyrannie.
Quelquefois ma raison, par de faibles discours, M’invite à la révolte et me promet secours ; Mais, lorsqu’à mon besoin je veux me servir d’elle,
Après beaucoup de peine et d’efforts impuissans. Elle dit qu’Uranie est seule aimable et belle, Et m’y rengage plus que ne font tous mes sens.
Des portes du matin l’amante de Céphale Ses roses épandait dans le milieu des airs, Et jetait sur les cieux nouvellements ouverts Ces traits d’or et d’azur qu’en naissant elle étale ;
Quand la nymphe divine, à mon repos fatale, Apparut, et brilla de tant d’attraits divers Qu’il semblait qu’elle seule éclairait l’univers, Et remplissait de feux la rive orientale. Le soleil, se hâtant pour la gloire des cieux, Vint opposer sa flamme à l’éclat de ses yeux, Et prit tous les rayons dont l’Olympe se dore. L’onde, la terre, et l’air s’allumaient alentou, Mais auprès de Philis on le prit pour l’aurore, Et l’on crut que Philis était l’astre du jour.
Je pensais que la destinée, Après tant d’injustes malheurs ; Vous a justement couronnée De gloire, d’éclat et d’honneurs ;
Mais que vous étiez plus heureuse Lorsque vous étiez autrefois… Je ne veux pas dire amoureuse, La rime le veut toutefois.
Je pensais (nous autres poètes Nous pensons extravagamment) Ce que, dans l’humeur où vous êtes, Vous feriez, si, dans ce moment,
Vous avisiez dans cette place Venir le duc de Buckinghan, Et lequel serait en disgrâce Du duc ou du père Vincent.