French poem
À Alfred Brun
by William Chapman (1850–1917)
Tu n’as jamais sondé des yeux l’immensité De nos bois giboyeux, de nos fertiles plaines ; Notre fier Saint-Laurent n’a jamais reflété Ta voile dans les plis de son grand flot bleuté… Et tu t’épris pourtant des plages canadiennes.
Tu chéris le passé qu’avec tant de succès Crémazie évoqua sur sa lyre attendrie. Notre histoire, là-bas, t’enflamme, car tu sais Que tes nobles aïeux ont de leur sang français Fécondé pour toujours le sol de ma patrie.
Mais je crains bien d’avoir espéré vainement Étreindre sous mon ciel ta main chaude et loyale. Aussi, pour te montrer, malgré l’éloignement, Ce ciel tout à la fois rigoureux et clément, J’ai dessiné les mois de la terre natale.
Mais il m’aurait fallu les crayons immortels Échappés à la main d’un Virgile ou d’un Dante… Je rêve, malgré tout, qu’aux vieux champs paternels Tu croiras reconnaître en mes humbles pastels Un petit coin fleuri des bords de la Charente.