French poem
À M. le Marquis de Lévis
by William Chapman (1850–1917)
Depuis longtemps, épris des choses du passé, Dans votre noble cœur vous aviez caressé L’espoir de contempler les forêts et les grèves Où, poursuivant toujours son rôle glorieux, Durant un siècle entier, la France des aïeux, Pour fonder un empire, a combattu sans trêves.
Vous rêviez d’aborder aux rivages ombreux Arrosés tant de fois par le sang de nos preux ; Et quand notre œil, perdu dans l’immensité vague, A cru vous voir cingler vers notre Saint-Laurent, Aussitôt d’un vivat immense et délirant Nous vous avons de loin salués sur la vague.
De loin nous vous tendions les bras avec amour, Et nous soupirions tous, amis, après le jour Où votre nef enfin toucherait notre terre, Car vos noms, évoquant un immortel succès, Nous rappelaient, à nous restés toujours français, Que le sang d’un héros battait dans votre artère.
Nous brûlions, croyez-nous, de vous serrer la main, Nous brûlions de joncher de fleurs votre chemin, Et, depuis qu’en ces murs dressés par la vaillance Vous êtes descendus pour baiser le linceul Recouvrant le passé qu’illustra votre aïeul, Nous palpitons de joie et de reconnaissance.
Oh ! les heureux moments ! oh ! les jours radieux Que nous avons donnés au culte des aïeux ! Entre nos cœurs vibrant du même écho sonore Un lien s’est formé que rien ne brisera ; Et de votre séjour parmi nous survivra Un souvenir brillant comme un lever d’aurore.
Avec vous nous avons foulé le sol sacré Où, trahi par le sort, un soldat inspiré Sut encor, malgré tout, remporter la victoire ; Avec vous nous avons déroulé les feuillets Toujours éblouissants des sublimes reflets Que Lévis de son glaive a mis dans notre histoire.
Ensemble bien des fois nous avons revécu L’instant où votre aïeul, ― ce héros invaincu Dont le nom sur nos bords est toute une épopée, ― Épuise par la faim, le désespoir au cœur, Plutôt que de les rendre aux mains de son vainqueur, A brûlé ses drapeaux, a brisé son épée.
Oh ! oui, votre présence a fait, nobles amis, Dans notre âme vibrer mille échos endormis ; Elle a rempli Québec d’une indicible joie, Rajeuni de cent ans notre vieille cité, Remis dans plus de lustre et dans plus de clarté La gloire de Lévis, le nom de Sainte-Foye.
Sainte-Foye et Lévis ! Ces deux noms éclatants, Nous les avons gravés dans nos cœurs palpitants, Nous les voyons partout flamboyer comme un astre. Lévis est le sauveur d’un peuple de héros, Sainte-Foye est l’ivresse après les longs sanglots, Le succès reconquis dans le champ du désastre.
Ce n’était pas la mort que les soldats anglais Semaient là, dans le sol fouillé par les boulets, C’étaient, à leur insu, des germes d’espérance ; Et le sang de nos preux, rougissant les sillons Que la gloire dorait de ses derniers rayons, Fit croître l’avenir de la Nouvelle-France !
Oui, l’avenir sourit à nos destins nouveaux ; Oui, l’astre du progrès brille sur nos travaux ; Et quand vous reverrez votre mère immortelle, Dites-lui qu’à l’abri du drapeau d’Albion Nous proclamons bien haut la gloire de son nom, Dites-lui que nos cœurs battent toujours pour elle.