French poem
La Première Neige
by William Chapman (1850–1917)
La première neige ! Elle tombe Du firmament couleur de plomb, Moite et froide comme la tombe, Blanchissant montagne et vallon Sous le souffle de l’aquilon. La première neige ! Elle tombe.
Et sous ses épais tourbillons, Qui croissent et roulent sans trêve, Je vois s’effacer les sillons Du champ, les galets de la grève. Et, morne et frissonnant, je rêve Aux misérables en haillons.
Je rêve aux longs jours de souffrance Qu’apporte le vent boréal ; Je vois Décembre qui s’avance Avec son cortège brutal ; À travers les accords d’un bal J’entends sangloter l’indigence.
L’aspect du mobile drap blanc Qui couvre gazon, arbre et pierre Me fait songer aussi qu’enfant J’allais, sous les yeux de ma mère, Glisser sur la neige première Au flanc du coteau scintillant.
Mainte souvenance lointaine Se réveille en mon cœur navré, Pendant que, là-bas, dans la plaine, Sur le bosquet et sur le pré Le vaste suaire nacré Ondoie au vent qui se déchaîne.
Je me rappelle qu’à longs flots La neige croulait sur la terre Et blanchissait les noirs tombeaux, Quand, un matin, au cimetière On porta le corps de mon père Au milieu de navrants sanglots.
La première neige ! Elle tombe Dans mon cœur qui tremble, et j’y sens L’indicible froid de la tombe, Je crois voir surgir en tous sens Des linceuls aux plis frémissants. La première neige ! Elle tombe.