French poem
À Cypris
by Albert Glatigny (1839–1873)
Déesse à la crinière blonde Que guident les ramiers épris, Toi qui poses tes pieds sur l’onde, Ange du printemps, ô Cypris !
Fléchis pour moi l’enfant rebelle, Aux yeux charmants, aux doigts rosés. Qui se contente d’être belle Et se refuse à mes baisers.
Dis-lui que l’étoile est levée Qui verse un mystérieux jour Dans l’âme d’ivresse abreuvée, Dis-lui d’aimer, mère d’amour !
Dans les champs élus de la Grèce, Nymphe divine, elle n’a pas, Plus légère qu’une caresse, À ton autel porté ses pas.
Fille du Nord, elle est venue Dans un siècle impie et mauvais, Où la splendeur est méconnue De la forme que tu revêts.
Mais, ô déesse ! une Immortelle Envierait son col svelte et pur. Ses yeux sont une cascatelle D’où s’épanchent des flots d’azur.
Oh ! sur l’arc de sa lèvre humide, Quels rosiers ! Quel corail vermeil ! Jamais, sous la blanche chlamyde, Glycère n’eut un sein pareil !
Elle sourit, et l’air est rose. Coquette aux gestes nonchalants, Avec quel art elle dispose Les plis de sa robe à volants !
Près de cette Parisienne, Dont je n’ai pu voir sans effroi La beauté correcte et païenne, Cypris, intercède pour moi !
Fais que ce soir, pâle, interdite, Elle reconnaisse tes jeux, Tes jeux cruels, grande Aphrodite ! Soulève son cœur orageux !
Je t’offrirai deux tourterelles Au tendre et doux gémissement, Échangeant des baisers entre elles Avec un long frémissement.
Et partout je dirai ta gloire, Mère des muettes langueurs, Ô fille des flots, dont l’histoire Épouvante et charme les cœurs !