Versos French Albert Glatigny La Bacchante apprivoisée

French poem

La Bacchante apprivoisée

by (1839–1873)

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Antoinette, Nymphe, athlétique Aux regards lumineux, au corps Fait pour orner un temple antique, Beauté de formes et d’accords !

Ô robuste fille des âges Où les dieux vivaient parmi nous, Au milieu des grands paysages, Rubens eût baisé vos genoux.

Toujours votre lèvre éloquente S’ouvre comme un fruit rouge et sain, De même qu’au temps ou, Bacchante, Vous suiviez le cruel essaim

De ces créatures divines, Ivres de vin et de fureur, Qui bondissaient par les ravines Et les forêts pleines d’horreur.

Aujourd’hui calme et nonchalante, Loin de vos bois qui sont coupés, Votre ongle frémissant se plante Sur le velours des canapés.

La mâle tigresse est domptée ; Sa voix est douce ; nous pouvons Prendre sa main fine et gantée, Qui connaît l’emploi des savons.

Mais pour éclairer les alcôves, Vos grands yeux n’en jettent pas moins Des lueurs brûlantes et fauves Qui font reculer les témoins.

Orphée auprès de vous s’arrête Sans peur, et vos doigts mignonnets, En roulant une cigarette, Daignent chiffonner des sonnets.

Pour appareiller vers Cythère Vous êtes bien mieux maintenant, Toinette, ai la peau de panthère Serait un voile inconvenant.

Donc, répandez les avalanches De vos sourires abondants, Tamisés par les perles blanches Que l’on nomme, je crois, vos dents.

Couvrez des plus riches étoffes Votre corps superbe et nerveux, Et puis servez-vous de mes strophes Pour serrer le soir vos cheveux !