Versos French Albert Glatigny La Blessure de l’orgueil

French poem

La Blessure de l’orgueil

by (1839–1873)

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Comme un autre dans sa joie, Je marche dans ma douleur, Cueillant au gré de la voie L’ortie aiguë ou la fleur.

Ce qui féconde ou qui tue Fait sur ma tranquillité Ce que sur une statue Produit r hiver ou l’été.

Tel l’arbre garde sa force, Malgré les coups de couteau Labourant sa rude écorce Transformée en écrit eau,

Et des passions vivaces À qui chaque heure de deuil Ouvrait de larges crevasses, Il ne reste que l’Orgueil.

L’Orgueil, le roi solitaire Qui, dans l’ombre de mon cœur, Traite de haut le mystère, Sans avouer le vainqueur !

Il règne, être tyrannique, Sans courtisans, à l’écart, Et mon sang, pourpre ironique, Teint son manteau de brocart !

Mais cependant un reptile Aux clairs yeux de diamant Par une pente subtile Glisse vers lui lentement.

Comme un long filet de glace, Il se traîne sur le corps, Et solidement l’enlace De ses nœuds souples efforts.

Lâche Orgueil ! crie, et pressure La plaie ouverte à ton flanc. Sens-tu la froide morsure ? Sens-tu la lèvre de sang ?

Ô guerrier invulnérable, Où donc est ta force, dis ? Laisse donc, misérable ! Jaillir tes sanglots maudits !

Cette vipère assassine, Qui jusqu’à toi s’est fait jour, Et dont l’œil froid te fascine, Imbécile ! c’est l’Amour !

C’est la dernière misère Que tu pouvais redouter, La blessure nécessaire Pour te faire sangloter ;

La meurtrissure au cadavre Ressuscité tout exprès, Et tiré, pour qu’on le navre, De son trou sous les cyprès !

C’est le soufflet sur la joue Au condamné frémissant, Le dernier coup sur la roue Achevant l’agonisant.

Va, maintenant ! Fuis et passe ! Le tourmenteur enchanté Qui t’a fait demander grâce Est sûr de ta lâcheté.

Et si tu faisais parade De ta résignation, Il te crierait : « Camarade, Un peu moins d’ambition ! »

Puis, t’arrachant de l’épaule Le vêtement imposteur, Il découvrirait, vieux drôle ! Les ulcères de ton cœur !