French poem
La petite Infante
by Albert Glatigny (1839–1873)
Le chevalier chasse dans la forêt ; Ses chiens sont las, et son faucon s’envole. Le chevalier, sans dire une parole, De tout cela navré, se retirait.
Voilà qu’il s’est assis au pied d’un chêne Très-élevé qui monte jusqu’aux cieux ; Or, cependant qu’il demande à ses yeux Quel sortilège en cet endroit l’enchaîne,
Les noirs rameaux s’ouvrent : il aperçoit Sur le fond clair qui luit dans cette fente, Belle à ravir, une petite Infante Qui lui fait signe, en riant, de son doigt.
Sa chevelure immense s’éparpille Sur le branchage épais. « Soyez sans peur, Je ne suis point un spectre de vapeur. Mon père était un grand roi de Castille.
Ma mère fut la femme de ce roi. J’étais encore enfant, lorsque sept fées, Par je ne sais quelle haine échauffées, Firent fermer ce grand arbre sur moi.
Sans que jamais personne me réclame, J’y dois rester sept ans. Or, les sept ans Sont expirés. Partons. Je vous attends, Et je serai, s’il vous plaît, votre femme. »
Le chevalier prit son front dans sa main : « Permettez-moi de consulter ma mère. Un jour de plus, ce n’est pas une affaire ! Et je viendrai pour vous chercher demain.
— Ah ! mal advienne au chevalier timide Qui laisse ainsi la jeune fille au bois ! Allez, seigneur ; mais on peut quelquefois À son retour ne trouver qu’un nid vide ! »
Le chevalier est parti maintenant ; La jeune fille est seule dans le chêne Jusqu’au retour de l’aurore prochaine, Pleine d’ennui, colère et frissonnant.
Le chevalier conta son aventure En diligence à sa mère. « Oh ! courez, Épousez-la, car jamais vous n’aurez Pu désirer une telle future ! »
Sa mire ayant ainsi dit, il revint En toute hâte au chêne ; mais l’Infante Fuyait déjà, joyeuse et triomphante : Lis étaient bien près d’elle quinze ou vingt.
On ne vit plus que le bout de sa jupe Flotter au coin d’un vert sentier tournant, Puis disparaître au loin. — Et maintenant, Qui fut surpris, bonnes gens, qui fut dupe ?
Le chevalier, lorsque l’arbre moqueur Lui découvrit son Infante échappée. Pour en finir, il tira son épée Et la plongea tout entière en son cœur.