Versos French Albert Glatigny Lamento

French poem

Lamento

by (1839–1873)

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Le ciel ne se fait plus rôtisseur d’alouettes Depuis de nombreux jours, Et nous chantons en vain sur nos lyres muettes Des chansons pour les sourds. Nos paletots s’en vont, combattants d’un autre âge, Vers des bords inconnus. Et nos chapeaux rasés comme un dernier outrage Font voir nos crânes nus ! Rien de cela n’est gai, surtout lorsque les choses Se compliquent encor Par les méfaits nombreux d’une amante aux doigts roses Éprise d’un ténor. Sa lèvre était divine et, par son abondance, Son corsage étonnait ; Mais ses cheveux crêpés conviaient a la danse Les fleurs de son bonnet

Le bonnet a dansé comme dansent les gueuses Qu’on rencontre à Bullier, Si bien qu’il a sauté, dans ses valses fougueuses, Par-dessus l’espalier,

Ô dieux ! quel front charmant. Sa bouche fraîche et ronde Riait d’un air divin, Et jamais on n’a pu voir de tête aussi blonde… — Tiens ! parlons de Havin.

Jure-moi que l’esprit français dans sa boutique À trouvé le trépas ; Débinons entre nous cet homme politique Que je ne connais pas.

J’ai la rose en horreur, car sa lèvre était rose, Et je hais le jasmin, Car sa blanche couleur, sur qui l’œil se repose, Est celle de sa main.

Hélas ! elle a donné tout cela, ma compagne, Entièrement donné. Hélas ! pour Vanneau d’or du comte de Saldagne, Je suis abandonné !

Verse des pleurs, mon frère, imite les fontaines Qui sont dans leur emploi ; Quant à moi, je poursuis mes courses incertaines Au hasard, devant moi.

Ah ! si j’étais bâtard d’un roi de la finance, Comme avec volupté Je saurais mettre un terme à la longue abstinence Dont je suis embêté !

Hélas ! je ne suis rien que le fils d’un gendarme Et je rime des vers ! Sûr moyen pour offrir contre mes mœurs une arme Au peuple des pervers.

Non, sérieusement, toute chose me navre ; Sans femme, sans un sou, Je suis joyeux autant que peut l’être un cadavre Dans le fond de son trou.

Eh bien, abuse un peu de la vaste influence Que t’accordent les grands, Et par un sénateur d’une belle nuance Fais-moi prêter cinq francs !