French poem
Le château romantique
by Albert Glatigny (1839–1873)
Dans le vieux château romantique, La garnison, nombreuse encor, Aux cris des teneurs de boutique Répond par des appels de cor.
La porte est solide et de chêne, Les ais par le fer sont liés ; C’est en vain qu’au bout de leur chaîne Se balancent les lourds béliers.
Notre orgueilleuse citadelle Ne craint surprise ni hasard, Et défend, gardienne fidèle, Le vierge pays de Ronsard.
Dans les fossés pleins d’eau courante, Les créneaux se mirent joyeux ; Le drapeau de mil huit cent trente Flotte librement dans les cieux.
Et le visiteur, dès qu’il entre Dans le donjon aux murs épais. Voit, dans la grande cour du centre, Les soldats s’exercer en paix.
Pas une pierre n’est tombée, Et nul brin d’herbe, nul gramen Au ventre de la tour bombée N’a pu se frayer un chemin.
Les strophes des Orientales Résonnent sous leurs hauts arceaux ; La lyre mêlée aux crotales Rhythme la chanson des oiseaux.
Dans les jardins du beau domaine. Laissant fuir ses cheveux au vent, Le doux Cœlio se promène Avec Albertus, en rêvant.
Une ode amoureuse à chaque heure S’épanouit, charmante a voir, Ouvrant dans la forte demeure Son aile au souffle de l’espoir.
Hugo, dans la tour la plus haute, Siège, auguste, puissant, entier ; Les autres veillent côte a côte Près du capitaine Gautier.
Prêt a lui présenter sa lance Suspendue aux murs de la nef, Un page se tient en silence, Front découvert, devant un chef.
C’est ainsi qu’il voit apparaître Le passé grave et familier, Attendant le jour où son maître Voudra bien l’armer chevalier.
Entré, cette saison dernière, Dans le grand château, j’ai suivi Fidèlement votre bannière, Cher maître, et je vous ai servi.
Quand vous tentiez une aventure, J’étais là, regardant les coups, Et je n’ai nulle forfaiture À me reprocher près de vous.
Vous m’avez dit : « Sois sans envie. Suis tes aînés, admire-les. » Votre vie a guidé ma vie, Partout où vous alliez, j’allais !
Souvent je restais dans la plaine Quand vous gravissiez d’un pied sûr Le mont rapide à perdre haleine, Qui plonge dans le vaste azur.
Noyé dans l’obscure mêlée, J’avais l’œil sur votre pennon. Vous en haut, moi dans la vallée, J’ai fait respecter votre nom.
Je vous ai suivi dans la voie Où vont les cœurs crucifiés, Et mon cœur tressaillait de joie Chaque fois que vous triomphiez !
Mais dans l’antique forteresse, Dont le blanc rayon du matin À la nouvelle aube caresse Le front redoutable et hautain,
Nous sommes plusieurs, tous fidèles, Ayant la même loyauté, Emplissant nos âmes jumelles D’un même amour pour la Beauté.
Plus tard, nous serons a la taille Des armures de nos aïeux, Et nous courrons a la bataille Libres, confiants et joyeux.
Ah ! que cette aurore se lève, Et vienne échauffer notre sang ; Nos bras impatients du glaive S’agitent dans l’air frémissant.
l’épée au vent ! sous la cuirasse ! Le grand combat n’est pas fini. Hardi ! les fils de haute race, Comme aux beaux jours de Hernani !
Vienne la blessure écarlate Teindre nos habits poussiéreux ; Nos cœurs, que l’audace dilate, Trouvent leurs corps étroits pour eux !