Versos French Albert Glatigny Paresse

French poem

Paresse

by (1839–1873)

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Sais-tu bien, ma petite amie, Que, m’oubliant dans nos amours, J’ai laissé la Muse endormie Pendant huit jours ?

J’ai dans tes deux bras jeté l’ancre, Et le papier blanc ne connaît Plus ni ma plume, ni mon encre, Pas un sonnet !

Sais-tu que c’est vraiment un crime ? Qu’est-ce que les peuples diront ? Pas un seul vers portant sa rime Altière au front !

Qu’ont-ils fait pour qu’on les malmène, Ces rêveurs épris de hasard ? Je n’ai pas lu cette semaine Mon doux Ronsard.

Qui me retient ? Qui donc m’empêche De chanter en vers séduisants ? Ah ! c’est toi, c’est l’odeur si fraîche De tes seize ans ;

C’est ton sein dont la gorgerette Me dévoile la blanche chair, C’est ta lèvre en fleur où s’arrête Un rire clair ;

C’est ta chevelure divine, Le son de ta voix entendu ; C’est ta prunelle où je devine Un ciel perdu !

C’est toi seule qui m’inquiètes, Toi, qui demain me trahiras. Tiens, je suis lâche, et les poètes Sont des ingrats !

À la grande Muse éternelle Ils préfèrent un frais chiffon, Aux chants sacrés, la ritournelle D’une chanson.

Mais cette chanson est charmante, Et fait si bien valoir ton cou, Ce joli chiffon est l’amante Dont on est fou.