Versos French Albert Glatigny Nuit d’été

French poem

Nuit d’été

by (1839–1873)

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Nuit d’été ! Nuit d’été ! — La forêt des Ardennes Va resplendir de feux ; des visions soudaines Ont éclairé les pas de la Rosalinda, Le cygne avec amour s’approche de Léda, Et là-bas voyez-vous ces formes incertaines Qui s’éloignent sans bruit des murs sacrés d’Athènes ? Holà ! Démétrius ! — Lysandre ! — Me voici ! Titania la blonde et Farfadet aussi. C’est la nuit des amours qui s’égarent en route ; Bottom, ivre de joie et de bonheur, écoute La reine qui lui dit : — Mon beau fils ! cher mignon ! — Obéron rit tout bas. — Au lieu d’un champignon, C’est un sonnet galant qui vient au pied du hêtre. Tous ces gens sont heureux. — À l’aurore peut-être Tout s’évanouira : Bottom désenchanté Verra sa tête d’âne, et le père irrité Mènera nos amants devant le duc Thésée. Mais qu’importe ? la fleur frémit dans la rosée, Et la nuit sera longue et bonne pour l’amour. Donc, aimez à plein cœur, il n’est pas encor jour ! Nuit d’été ! Nuit d’été ! — La chaleur endormie Nous guette sourdement ainsi qu’une ennemie Qui se masque et de loin nous décoche ses traits ; Le soleil a brûlé la cime des forêts : Nuit d’été ! Nuit d’été ! tu pèses sur mon âme Comme sur l’estomac un cauchemar infâme ! Cybèle a secoué ses blonds cheveux d’épis, Et tous les vers luisants, dans la mousse tapis, Promènent lentement leurs robes de lumière ; La flûte a soupiré, la robuste fermière Danse avec ses garçons, hâlés par l’air des champs ! Nuit d’été ! Nuit d’été ! — Des souffles desséchants Ont jauni les roseaux dans la source limpide Où venait s’abreuver le cerf au pied rapide ; Sur l’haleine du soir passe un vol de démons, Et l’haleine du soir embrase mes poumons ! Nuit d’été ! Nuit d’été ! — La cuve sera pleine, Et nous pourrons rougir la face de Silène ! Ægypans et Sylvains, chantez le dieu Liber, Le dieu fort, le dieu jeune, à qui le cep est cher, Le noble Lyœus, que la femme jalouse ! La pâquerette était morte dans la pelouse, Elle attendait en vain la fraîcheur de la nuit. Le temps est lourd et chaud, et la fraîcheur s’enfuit ! Nuit d’été ! Nuit d’été ! — De lumineux sillages Illuminent le dôme assombri des feuillages ; Un immense soupir s’élève des gazons Et monte en saluant les vastes horizons : Plainte d’amour, chanson joyeuse d’une fée, Par tous les rossignols du bois presque étouffée. Nuit d’été ! Nuit d’été ! — Le silence absolu, Et la terre fumante : encor s’il avait plu ! Amour, écho du cœur ! baisers, écho des lèvres ! La vierge, interrogeant le secret de ses fièvres, Lève ses grands regards par r extase éblouis Vers les astres sans nombre au ciel épanouis ; Sa chevelure blonde a des reflets d’étoiles ; Doux avenir, sa main va déchirer tes voiles ! Un jeune homme l’a vue, un cavalier hautain, Et sur ses traits la rose a caché le satin : Nappes d’azur, et toi, blanche lune au front pâle, Escarboucles ; rubis des cieux, neigeuse opale, Quel est ce beau jeune homme ? Est-ce l’époux rêvé ? Parlez-en à son cœur parmi vous soulevé. Dans cet air dévorant pour rafraîchir mon âme, Si je voyais couler une larme de femme ! Non, je suis seul ; la nuit m’écrase comme un plomb ! À monter sur son char que le soleil est long ! Il vous soulage seul, angoisses infinies, Lui seul vient terminer mes noires insomnies ; Sur ses rayons sanglants je veux voir emporté Jusqu’à ton souvenir, Nuit d’été ! Nuit d’été !