French poem
Marivaudage
by Albert Glatigny (1839–1873)
Pareille à la chasseresse Du bois par l’ombre habité, Vous vous dressez dans l’ivresse De votre fière beauté.
Grande, blonde, étincelante, Vous pourriez dicter des lois, Et votre lèvre sanglante A des rires clairs et froids.
Vous dérobez, ô Marie ! Sous le corsage bouffant, L’innocente barbarie De la chatte et de l’enfant
Créature inconsciente, Habile au mal, savez-vous De quelle ardeur effrayante Sont emplis vos yeux si doux ?
Ô charme, ô grâce perverse, Qu’on aime et qui met en deuil ! Les pleurs qu’a vos pieds on verse Vous sont des causes d’orgueil.
Vous trônez sur la misère Dont le lamentable cri Échappe au cœur qui s’ulcère, Par le triste Amour meurtri.
Ô vaniteuse ! on vous aime, Cependant, pour vos défauts, Pour votre cruauté même, Pour votre cœur tendre et faux,
Car cet appétit étrange Pour les plaisirs non permis Vous vient d’Ève qui se venge Du péché qu’elle a commis !