Versos French Albert Glatigny Mademoiselle Giraud

French poem

Mademoiselle Giraud

by (1839–1873)

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L’autre soir, dans une avant-scène Du Gymnase, j’ai, de mes yeux, Vu, montrant sa pâleur malsaine, Une femme à l’air soucieux.

Et fat, non sans quelque surprise, À ses yeux noirs, tel qu’un brûlot, Droite en sa toilette cerise, Reconnu ta fille, ô Belot !

Citait bien elle (dix-huitième Édition chez E. Dentu) Mademoiselle Giraud, même Port impérieux, œil battu.

Mais les traces de la brûlure Que laissent les pleurs enflammés La marbraient. Dans sa chevelure Des fils d’argents étaient semés.

Elle était, vieillesse précoce, Qu’à peine la poudre de riz Masquait, plus sèche qu’une cosse Après le marché de Paris.

Le Temps d’un effrayant coup d’aile L’avait effleurée en son vol. Cependant je m’approchai d’elle Comme pour causer de Landrol.

Seigneur ! comme elle était changée Cette dame aux goûts dissolus ! N’était sa prunelle enragée On ne la reconnaîtrait plus !

Vierges que notre Baudelaire Montrait, dans son rhythme d’airain, Expirantes sous la colère D’Éros, jaloux et souverain ;

Ô Faunesses et Satyresses Gardant sous la fraîcheur des bois L’ardeur des torches vengeresses Qui brûlaient vos cœurs aux abois ;

Poétesses de Mitylène Qui chantiez vos odes auprès De la mer folle, et dont l’haleine Ardente embrasait les cyprès,

Était-ce vous, cette bourgeoise Qu’on eût dite remorquée où Vont les notaires de Pontoise De l’hymen serrer le licou ?

Elle me conta son histoire Et comment elle avait quitté Son nom, par ennui de la gloire, Pour celui de majorité.

Son époux, un jeune homme austère, Raide sur ? article des mœurs, Était un certain ministère, Que n’effrayaient pas les clameurs.

Tout d’abord, son humeur jalouse Avait soupçonné, bien à tort, Des hommes en casquette, en blouse, Des Gambetta, des Rochefort

« Je riais, me disait la dame, En le voyant, dans sa fureur, Crier ainsi qu’un cerf qui brame, Et je prolongeais son erreur.

Hélas ! dans mon rêve endormie, Je fus réveillée un matin, Il me sépara de l’Amie À qui m’a jointe le destin.

Et j’ai dû, cédant à la force, Souriant à travers mes pleurs, Consentir à l’affreux divorce Qui brisait nos deux âmes sœurs !

Mon époux maintenant m’achète, Pour me plaire, un tas de chiffons : Mais, chut ! je sais une cachette Dans les départements profonds,

Où, fureur ministérielle, Je te braverai près de ma Candidature officielle, L’ange dont l’amour me charma,

L’être dont le regard m’enivre, Pur comme un lac aérien, Et sans qui, renonçant à vivre, Je pâlis et ne suis plus rien !

Mais elle m’attend, mon idole, Là-bas, au delà de Cognac, Elle m’ouvre les bras, j’y vole Chez mon bon oncle Cassagnac.

Bernay, avril 1870.