Versos French Albert Glatigny L’insoucieuse

French poem

L’insoucieuse

by (1839–1873)

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Non, l’amour qui se tait n’est qu’une rêverie, Le silence est la mort, et l’amour est la vie ; Et c’est un vieux mensonge à plaisir inventé Que de croire à l’amour hors de la volupté ! Ô sœur du camellia, Julia, Viens sourire à nos poëmes, Toi qui vas, oiseau charmant, Si gaîment, Parmi les vertes Bohèmes !

Ô charmeresse aux yeux clairs Pleins d’éclairs, Ô jeune victorieuse, Nous trouvons plus doux les sons Des chansons Nés sur ta lèvre rieuse.

Dans tes veines court un sang Frémissant, Sève d’amour et de joie, Et ton rire triomphant, Blanche enfant, En notes d’or se déploie.

Comme le soleil d’Été, Ta gaîté Folle et vive s’éparpille, Et chaque jour nous croyons Aux rayons Quand tu viens, petite fille.

Toujours les lis aimeront Ton front, Et les odes amoureuses, Fidèles jusqu’au trépas, Sur tes pas S’épanouiront heureuses.

Tes seins polis et vermeils Sont pareils Aux fruits au temps des vendanges ; L’encens aime tes cheveux ; Si tu veux, Bulbul dira tes louanges.

Tes dents au fruit défendu Ont mordu ; Mais, ô Nymphe vagabonde ! Qu’importe ? tu nous guéris Quand tu ris, Comme Ève, ta mère blonde.

Nous sommes, à tes côtés, Transportés Dans le pays peu sévère Où la jeunesse toujours Aux amours Se livre, en levant son verre.

Là, parmi les floraisons, Nos raisons S’égarent. — Les yeux humides, Tu conduis en mon chemin Par la main Le chœur des blanches Armides.

Ô souvenir du Printemps, Bien longtemps Nous garderons ta mémoire, Et les Cupidons vainqueurs Dans nos cœurs Graveront ta belle histoire :

Car ton nom, ô Julia ! S’allia À ces instants éphémères Où, buvant le vin clair et D’un seul trait Avec les liqueurs amères,

Nous disions à pleine voix, À la fois, Les grands refrains de l’aurore, Les bonheurs du temps prisent Florissant… Mais souris, souris encore !

Souris pour éterniser Le baiser ; Laisse-nous voir ta figure De roses et de satin, Cher lutin Qui portes le bon augure !

Tu rends à nos jours défunts Leurs parfums Et leur ardente folie ; Reine des clairs horizons, Nous disons : — Arrière, mélancolie,

Et vous, tristesse des soirs, Chagrins noirs ! Célèbre, voix frémissante, Les cieux, les monts, les accords Des beaux corps Et la rose adolescente,

Ô Vénus ! puisque voici Près dici Julia l’enfant choisie, Qui nous apporte en riant L’Orient, Le Rêve et la Poésie !