French poem
L’épouse coupable
by Albert Glatigny (1839–1873)
« Vous êtes blanche ainsi qu’un rayon de soleil, Aussi je vais dormir auprès de vous, madame ; Je n’ai, depuis sept ans, goûté plaisir pareil.
Ah ! c’est, je vous le jure, un métier, sur mon âme ! Fort rude que d’avoir sans cesse sur le corps Cette ferraille lourde et que la rouille entame !
— Dormez sans crainte, ami. Mon époux est dehors En chasse, quelque part vers les hautes montagnes. Ah ! puisse son cheval rompre et briser son mors !
Que puisse-t-il avoir les fièvres pour compagnes ; Puissent ses chiens crever enragés, les vautours Déplumer ses faucons à travers les campagnes !
Et puisse, lui jouant quelqu’un de ses bons tours Le diable le traîner par les deux pieds lui-même, Sanglant, défiguré, sur le pavé des cours ! »
Pendant que le soudard répondait : « Je vous aime ! » Le mari, de retour, mit terme à l’entretien. La dame fit cacher son galant, pâle et blême.
« Que faisiez-vous, madame ? — Oh ! mon Dieu, seigneur, rien. Je peignais mes cheveux, triste et bien désolée, Car vous me laissez seule, hélas ! et sans soutien
— Cette parole-là semble s’être exhalée De votre bouche avec un air de trahison ! À qui donc ce cheval qui hennit dans l’allée ?
— Mon seigneur, n’allez pas concevoir de soupçon. Ce cheval, ah ! la chose est bien simple ! mon frère L’envoya ce matin pour vous à la maison.
— Je le croirai jusqu’à la preuve du contraire ; Mais ces armes qui sont là, dans le corridor… Quel mensonge allez-vous de votre gorge extraire ?
— C’est un présent aussi de mon frère. — Oh ! cœur d’or ! Bon frère ! et je doutais de vous ! Ah ! j’en ai honte ! Et cette lance t Elle est a votre frère encor ?
— Ah ! quelle m’entre au cœur vite, et qu’elle soit prompte, Et m’épargne un dernier et méprisable effort ! Tuez-moi sur-le-champ, ah ! tuez-moi, bon comte.
Vraiment j’ai mérité de recevoir la mort ! »