Versos French Albert Mérat Les premiers soleils

French poem

Les premiers soleils

by (1840–1909)

Listen in the reader

La nature a de clairs réveils Qui devancent un peu l’aurore. Rien ne vaut les premiers soleils, Tout pâles de l’hiver encore.

Du fond des lourds nuages gris, Chassant la tristesse des choses, Ils reviennent baiser Paris Qui rit d’avoir des maisons roses.

Ils préparent dans les jardins La fraîche parure des branches, Pour rendre aux pauvres citadins La promenade des dimanches.

Le ciel garde quelques pâleurs Des dernières mélancolies, Mais déjà l’on pressent les fleurs, Et les femmes sont plus jolies.

On dirait l’aube de l’été, Et je reçois sous ma paupière Et dans mon âme la beauté En même temps que la lumière.

L’air s’étonne de resplendir ; Mais le froid ne mord plus les plantes Qui commencent à reverdir : Et les heures semblent moins lentes ;

Déjà le ciel est presque bleu ; Je peux entr’ouvrir ma fenêtre, Les jours grandissent peu à peu, L’amour même pourra renaître !

Le ciel m’accable ou m’éblouit : Je suis triste si l’air soupire ; Un peu d’azur m’épanouit ; Un premier soleil me fait rire.