Versos French Albert Mérat Patineuses

French poem

Patineuses

by (1840–1909)

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Il gèle : il a neigé. Les arbres sont tout blancs. Le soleil aux regards éloignés et tremblants Passe à travers les grands massifs et les fait roses. Les patineurs épars se penchent dans des poses Gracieuses, quand c’est le petit pied mutin D’une femme qui chausse et lace le patin. La glace toute neuve est de la nuit dernière. On la tâte, on s’essaie, on part à sa manière, Bien ou mal, et parfois les deux pieds en avant. L’Anglais se reconnaît à son style savant, Le Polonais, le Russe aussi. Paris progresse, Mais c’est plutôt du bel entrain et de l’adresse. Que de hauts faits perdus, que de noms oubliés ! Mais les héros sont-ils jamais humiliés Lorsque l’histoire peut compter les héroïnes ! La frileuse aux yeux bleus qui comme les hermines Mourrait d’un peu de boue offensant sa fraîcheur, Est brave si la tache est faite de blancheur. L’œil, troublé par le vol des jupes lumineuses, Suit l’essaim tournoyant des belles patineuses, Les mains dans le manchon, seules ou nous laissant Prendre leur taille, ainsi que l’on fait en dansant. Les roses d’un froid gai les colorent, parure Du teint et sur le cou frissonne la fourrure. Des groupes reliés par une perche ont l’air D’un ballet du Prophète. Avec un rire clair Ils vont, et sur la glace unie et sans embûche Se disjoignent ; le pied tourne à faux et trébuche ; Le désordre se met dans les rangs ; un traîneau Passe ; la glace crie et le mouvant tableau S’embellit de la courbe et de la grâce insigne Du traîneau dont l’avant semble le col de cygne. Parfois l’aplomb peu sûr de deux bras élégants Trace sur l’horizon des traits extravagants.

Les étoiles d’argent dont la branche est fleurie Tombent le long du bord sur ce bal de féerie, Et, le soir, s’efforçant à des exploits plus beaux, On se retrouvera pour la fête aux flambeaux.