Versos French Albert Mérat Un coin de fête à Ménilmontant

French poem

Un coin de fête à Ménilmontant

by (1840–1909)

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Le peuple de Paris est triste quand il pleut ; Mais puisqu’il ne peut pas s’amuser comme il veut Il faut par tous les temps qu’il fête le dimanche. Cet effort de toilette et de chemise blanche, Entre la boue épaisse et le ciel lourd et noir, Tranche piteusement et vous fait peine à voir. Pour les hommes cela passe encor. La casquette Cadre assez bien avec la blouse ou la jaquette. L’ouvrier ménager, vêtu d’un pardessus, Peut, en se dandinant, prendre des airs cossus ; Mais les femmes, que fouette et mouille la rafale, Laissent, se retroussant, passer un jupon sale, Et l’étoffe, à huit sous le mètre, à gros dessin, Qui gêne à l’entournure ou bride sur le sein,

Et dérobe le pur trésor de la poitrin Se colle sur le dos, indienne ou bien lustrine. Les rubans du bonnet ou du pauvre chapeau Criards, et soulignant la pâleur de la peau, Claquent sur le visage ainsi que des lanières. Les filles de seize ans vont faisant des manières, Et, rieuses, le nez au vent, le cou tendu, À côté de leur mère et de leur prétendu, Toutes proches encor des grâces enfantines, D’un talon inégal éculent leurs bottines.

Il pleut, et le regard qui cherche un horizon Ne trouve, sous le jour éteint de la saison, Que la pluie en traits fins pareils à des hachures Brouillant la perspective et rayant les masures. On entend les accords du fifre et du tambour, Et la joie octroyée au populeux faubourg Où ne rit aucun seuil, où nul rayon ne joue, Se perd dans le brouillard, la tristesse et la boue.