French poem
L’île fortunée
Vers les Îles d’Amour, en les lacs bleus écloses, Mes Rêves sont partis sur des nacelles roses. Dites, la Bande Jolie, J’ai l’âme en mélancolie, Dites-moi, je vous supplie, Où c’est. Est-ce à Venise, à Florence ? Est-ce au pays d’Espérance ? Est-ce dans l’Île-de-France ? Qui sait ?
Viens, tu verras des bergères, Des marquises bocagères, Des moutons blancs d’étagères, Et puis Des oiseaux et des oiselles, Des Lindors et des Angèles, Et des roses aux margelles Des puits.
Viens, tu verras des Lucindes, Des Agnès, des Rosalindes, Avec des perles des Indes, Gardant Sur l’index une perruche, Le col serré dans la ruche, Le grand éventail d’autruche Pendant.
Les Iris, et les Estelles En chaperons de dentelles Rêvent près des cascatelles En pleurs, Et fermant leurs grandes ailes Les papillons épris d’elles En deviennent infidèles Aux fleurs.
Unis d’une double étreinte Les Amants rôdent, sans crainte, Aux détours du labyrinthe Secret. Sur le jardin diaphane Un demi-silence plane, Où toute rumeur profane Mourrait.
C’est la Divine Journée, Par le songe promenée Sur l’herbe comme fanée Un peu, Avec des amours sans fraude, Des yeux d’ambre et d’émeraude Et de lents propos que brode L’aveu.
Le soir tombe… L’heure douce Qui s’éloigne sans secousse Pose à peine sur la mousse Ses pieds ; Un jour indécis persiste, Et le Crépuscule triste Ouvre ses yeux d’améthyste Mouillés.
Des cygnes voguent par troupes… On goûte sur l’herbe en groupes ; Le dessert choque les coupes D’or fin. Les assiettes sont de Sèvres ; Et les madrigaux, si mièvres, Caramélisent les lèvres Sans fin.
L’après-midi qui renie L’ivresse du jour bannie Expire en une infinie Langueur… Le toit des chaumières fume, Et dans le ciel qui s’embrume L’argent des astres s’allume, Songeur.
Les amants disent leurs flammes, Les yeux fidèles des femmes Sont si purs qu’on voit leurs âmes Au fond ; Et, deux à deux, angéliques, Les Baisers mélancoliques Au bleu pays des reliques S’en vont.
Au son des musiques lentes, Les Amoureuses dolentes Ralentissent, nonchalantes, Le pas… Du ciel flotte sur la terre ; Et, dans le soir solitaire, L’angélus tinte à Cythère, Là-bas…