Versos French Albert Samain Loin des hameaux peuplés…

French poem

Loin des hameaux peuplés…

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Loin des hameaux peuplés, des fermes, des enceintes, Le grand berger, fantôme lent que son chien suit, Reprend le vieux chemin des solitudes saintes Et s’enfonce au mystère auguste de la nuit.

Il s’arrête un instant au haut de la colline Pour lancer un regard aux dernières clartés, Sent un instant son âme à jamais orpheline, Et, grave, redescend vers les obscurités.

Une amertume humaine a pénétré son âme : Il médite l’exil sans joie et sans soutien Et songe que sa chair est veuve de la femme Et qu’il n’est pas un cœur qui batte avec le sien.

Son compagnon de route a pour nom le Silence ; C’est avec lui qu’il mange à jamais son pain bis ; Nul n’a besoin de lui [................] Au maître seul, il doit compte de ses brebis.

Alors, levant la tête aux plaines constellées, Il contemple la mer des splendides douceurs Et sent divinement ses peines consolées Par leurs feux caressants comme des yeux de sœurs.

Il n’est plus exilé dans l’immensité sombre ; Les astres dans le ciel le regardent marcher, Et son esprit tressaille aux grandes voix de l’ombre Comme un cheval qui sent son maître s’approcher.

Des secrets sont tombés pour lui des chastes nues ; Échos vertigineux de lointains firmaments, Les étoiles ont dit des choses inconnues Dont son âme a tremblé jusqu’en ses fondements.

Sur la terre son corps passe ainsi qu’un fantôme Que l’on connaît à peine [...............]