Versos French Alexandre Latil Réponse

French poem

Réponse

by (1814–1851)

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ÉPHÉMÈRE SEIZIÈME

Réponse

À M. A. J. Guirot Culte, rang, diadème, Peuples, lois, vertu même, Il est un jour suprême, Hélas ! où tout finit ; Jour où Rome la fière Courbant sa tête altière, S’endort dans sa poussière De marbre et de granit ! (A. J. Guirot)

Dans ma retraite obscure, Où le sort me torture, Quoi ! ta voix douce et pure Veut charmer mes douleurs ! Ta touchante harmonie, Sur mon lit d’agonie, Comme une main amie Vient essuyer mes pleurs.

Dans un noble délire, Sur ta magique lyre, Eh quoi ! tu viens me dire : Oiseau, poursuis ton vol ! Lorsque tu vois, poète, L’effroyable tempête Mugir, courber ma tête Et l’attacher au sol.

Oh ! vois ; déjà l’orage, Dans sa terrible rage, Me ferme tout passage. Aigle, va ! — laisse-moi ! C’est en vain que je tente De braver la tourmente, Mon aile est impuissante Pour arriver à toi !

Oui ! laisse la souffrance Briser mon existence, C’est la seule espérance Qui sourie à mon cœur ; Car ma vie incolore, Que le chagrin dévore, Ne doit servir encore Que de proie au malheur.

Eh ! qu’importe une vie De chagrins poursuivie ? La douleur me convie À jeter ce fardeau. Va, ma trace en ce monde, Guirot, est peu profonde ; C’est celle que sur l’onde Laisse un léger vaisseau.

Ah ! je sais que tout passe, Tout s’use, tout s’efface, Sans nous laisser de trace Dans ce monde pervers. La superbe Palmyre, Que l’univers admire, Dans des sables expire, Au milieu des déserts.

***

Tu me parles de gloire, Poète ! y puis-je croire ? C’est un mot illusoire Que l’on fait retentir. Ah ! crois à ma parole, Si vers Dieu je m’envole J’obtiendrai l’auréole… Qui pare le martyre.

Le sort, dans sa colère, De sa main meurtrière Broya ma vie entière Et tortura mon cœur. La souffrance, à mon âge, Devient mon seul partage, Car, comme un doux mirage, J’ai vu fuir le bonheur.

Mais c’est peu : l’on ignore Le feu qui me dévore…. Oui, chaque jour j’implore L’heure où viendra ma mort. Au malheur qui m’écrase, Au tourment qui m’embrase, Prométhée au Caucase Eût préféré son sort.

Ami, si l’influence De ta douce éloquence Ne peut à l’espérance Me faire revenir, Du moins ta poésie, Esthétique harmonie, A versé sur ma vie Un touchant souvenir.

22 février 1840