Versos French Alfred de Vigny Alfred de Vigny et la nature

French poem

Alfred de Vigny et la nature

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Substituant partout aux choses le symbole.

Les larges traces d’or qu’il laisse dans les airs.

Pleut sur les orangers, les lilas et le thym.

La terre était riante et dans sa fleur première

Ils tombaient de sa bouche aussi doux, aussi purs Que la neige en hiver sur les coteaux obscurs.

Quand la vive hirondelle est enfin réveillée, Elle sort de l’étang, encor toute mouillée, Et se montrant au jour avec un cri joyeux, Au charme d’un beau ciel, craintive, ouvre les yeux ; Puis, sur le pâle saule, avec lenteur voltige. Interroge avec soin le bouton et la tige, Et, sûre du printemps alors, et de l’amour Par des cris triomphans célèbre leur retour...

Venez ! ô, venez voir comme Glycère est belle !

Hérissé, l’oiseau part et fait pleuvoir le sang, Monte aussi vite au ciel que l’éclair en descend... ……………….. Son aile se dépouille, et son royal manteau Vole, comme un duvet qu’arrache le couteau ; Dépossédé du ciel, son vol le précipite...

Dans un fluide d’or il nage puissamment.

Dort, la tête sous l’aile, entre deux firmamens,

Une fois, par malheur, si vous avez pris terre. Peut-être qu’un de vous, sur un lac solitaire. Aura vu, comme moi, quelque cygne endormi, Qui se laissait au vent balancer à demi. Sa tête nonchalante, en arrière appuyée, Se cache dans la plume au soleil essuyée ; Son poitrail est lavé par le flot transparent. Comme un émail où l’eau se joue en expirant ; Le duvet qu’en passant l’air dérobe à sa plume Autour de lui s’envole et se mêle à l’écume ; Une aile est son coussin, l’autre est son éventail ; Il dort, et de son pied le large gouvernail Trouble encore, en ramant, l’eau tournoyante et douce. Tandis que sur ses flancs se forme un lit de mousse, De feuilles et de joncs et d’herbages errans. Qu’apportent près de lui d’invisibles courans.

Le vrai Dieu. le Dion fort est le Dieu des idées.

Silence des rochers, des vieux bois et des plaines, Calme majestueux des murs noirs et des tours, Vaste immobilité des ormes et des chênes, Lente uniformité de la nuit et des jours ! Solennelle épaisseur des horizons sauvages. Roulis aérien des nuages de mer...

Je n’entends ni vos cris, ni vos soupirs : à peine Je sens passer sur moi la comédie humaine Qui cherche en vain au ciel ses muets spectateurs. Je roule avec dédain, sans voir et sans entendre, A côté des fourmis les populations ; Je ne distingue pas leur terrier de leur cendre, J’ignore en les portant les noms des nations. On mo dit une mère et je suis une tombe. Mon hiver prend vos morts comme votre hécatombe, Mon printemps ne sent pas vos adorations. ………………….. C’est là ce que me dit sa voix triste et superbe, Et dans mon cœur alors je la hais, et je vois Notre sang dans son onde et nos morts sous son herbe Nourrissant de leurs sucs la racine des bois. …………………… Vivez, froide nature, et revivez sans cesse Sur nos pieds, sur nos fronts, puisque c’est votre loi... Plus que tout votre règne et que ses splendeurs vaines J’aime ta majesté des souffrances humaines, Vous ne recevrez pas un mot d’amour de moi.

Mais un nuage en deuil s’étend comme le voile D’une veuve.

La Terre sans clartés, sans astres, sans aurore.