Versos French Alfred de Vigny La Dryade

French poem

La Dryade

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Vois-tu ce vieux tronc d’arbre aux immenses racines ? Jadis il s’anima de paroles divines ; Mais, par les noirs hivers, le chêne fut vaincu, Et la Dryade aussi comme l’arbre a vécu : (Car, tu le sais, berger, ces Déesses fragiles, Envieuses des jeux et des danses agiles, Sous l’écorce d’un bois où les fixa le sort, Reçoivent avec lui la naissance et la mort.) Celle dont la présence enflamma ces bocages, Répondait aux pasteurs du sein des verts feuillages, Et, par ces bruits secrets, mélodieux et sourds, Donnait le prix du chant, ou jugeait les amours.

Bathylle aux blonds cheveux, Ménalque aux noires tresses, Un jour lui racontaient leurs rivales tendresses. L’un parait son front blanc de myrte et de lotus, L’autre, ses cheveux bruns de pampres revêtus, Offrait à la Dryade une coupe d’argile ; Et les roseaux chantans enchaînés par Bathylle, Ainsi que le dieu Pan l’enseignait aux mortels, S’agitaient, suspendus aux verdoyans autels. J’entendis leur prière, et de leur simple histoire Les Muses et le temps m’ont laissé la mémoire. ménalque.

Quand du brûlant amour la saison est prochaine, T’adorent ; je t’adore, ô Dryade du chêne ! ménalque.

ménalque.

ménalque.

bathylle.

ménalque.

Ses bras blancs soutenaient sur sa tête inclinée L’amphore, œuvre divine aux fêtes destinée, Qu’emplit la molle poire et le raisin doré, Et la pêche au duvet de pourpre coloré : Des pasteurs empressés l’attention jalouse L’entourait, murmurant le nom sacré d’épouse ; Mais en vain, nul regard ne flatta leur ardeur ; Elle fut toute aux Dieux et toute à la pudeur.

Ici, je vis rouler la coupe aux flancs d’argile ; Le chêne ému tremblait, la flûte de Bathylle Brilla d’un feu divin, la Dryade un moment Joyeuse, fit entendre un doux frémissement, Doux comme les échos dont la voix incertaine Murmure la chanson d’une flûte lointaine.