Versos French Alphonse Daudet À Célimène

French poem

À Célimène

by (1840–1897)

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Je ne vous aime pas, ô blonde Célimène, Et si vous l’avez cru quelque temps, apprenez Que nous ne sommes point de ces gens que l’on mène Avec une lisière et par le bout du nez ; Je ne vous aime pas… depuis une semaine, Et je ne sais pourquoi vous vous en étonnez.

Je ne vous aime pas ; vous êtes trop coquette, Et vos moindres faveurs sont de mauvais aloi ; Par le droit des yeux noirs, par le droit de conquête, Il vous faut des amants. (On ne sait trop pourquoi.) Vous jouez du regard comme d’une raquette ; Vous en jouez, méchante… et jamais avec moi.

Je ne vous aime pas, et vous aurez beau faire, Non, madame, jamais je ne vous aimerai. Vous me plaisez beaucoup ; certes, je vous préfère À Dorine, à Clarisse, à Lisette, c’est vrai. Pourtant l’amour n’a rien à voir dans cette affaire, Et, quand il vous plaira, je vous le prouverai.

J’aurais pu vous aimer ; mais ne vous en déplaise, Chez moi le sentiment ne tient que par un fil… Avouons-le, pourtant, quelque chose me pèse : En ne vous aimant pas, comment donc se fait-il Que je sois aussi gauche, aussi mal à mon aise Quand vous me regardez de face ou de profil ?

Je ne vous aime pas, je n’aime rien au monde ; Je suis de fer, je suis de roc, je suis d’airain. Shakspeare a dit de vous : « Perfide comme l’onde » ; Mais moi je n’ai pas peur, car j’ai le pied marin. Pourtant quand vous parlez, ô ma sirène blonde, Quand vous parlez, mon cœur bat comme un tambourin.

Je ne vous aime pas, c’est dit : je vous déteste. Je vous crains comme on craint l’enfer de peur du feu. Comme on craint le typhus, le choléra, la peste, Je vous hais à la mort, Madame ; mais, mon Dieu ! Expliquez-moi pourquoi je pleure, quand je reste Deux jours sans vous parler et sans vous voir un peu.