French poem
Miserere de l’amour
by Alphonse Daudet (1840–1897)
Miserere ! Encore une fois, ma colombe, Ô mon beau trésor adoré, Viens t’agenouiller sur la tombe Où notre amour est enterré. Miserere !
I
Il est là dans sa robe blanche ; Qu’il est chaste et qu’il est joli ! Il dort, ce cher enseveli, Et comme un fruit mûr sur la branche, Son jeune front, son front pâli Incline à terre, et penche, penche…
Miserere ! Regarde-le bien, ma colombe, Ô mon beau trésor adoré, Il est là couché dans la tombe, Comme nous l’avons enterré, Miserere !
II
Depuis les pieds jusqu’à la tête, Sans regret, comme sans remord, Nous l’avions fait beau pour la mort. Ce fut sa dernière toilette ; Nous ne pleurâmes pas bien fort, Vous étiez femme et moi poète.
Miserere ! Les temps ont changé, ma colombe, Ô mon beau trésor adoré, Nous venons pleurer sur sa tombe, Maintenant qu’il est enterré. Miserere !
III
Il est mort, la dernière automne ; C’est au printemps qu’il était né. Les médecins l’ont condamné Comme trop pur, trop monotone : Mon cœur leur avait pardonné… Je ne sais plus s’il leur pardonne.
Miserere ! Ah ! je le crains bien, ma colombe, Ô mon beau trésor adoré, Trop tôt nous avons fait sa tombe, Trop tôt nous l’avons enterré. Miserere !
IV
Il est des graines de rechange Pour tout amoureux chapelet. Nous pourrions, encor, s’il voulait, Le ressusciter, ce cher ange. Mais non ! il est là comme il est ; Je ne veux pas qu’on le dérange.
Miserere ! Par pitié, fermez cette tombe ; Jamais je n’avais tant pleuré ! Oh ! dites pourquoi, ma colombe, L’avons-nous si bien enterré ? Miserere !