Versos French Alphonse de Lamartine Hymne du Matin

French poem

Hymne du Matin

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Pourquoi bondissez-vous sur la plage écumante, Vagues dont aucun vent n’a creusé les sillons ? Pourquoi secouez-vous votre écume fumante

Pourquoi balancez-vous vos fronts que l’aube essuie, Forêts, qui tressaillez avant l’heure du bruit ? Pourquoi de vos rameaux répandez-vous en pluie Ces pleurs silencieux dont vous baigna la nuit ?

Pourquoi relevez-vous, ô fleurs, vos pleins calices, Comme un front incliné que relève l’amour ? Pourquoi dans l’ombre humide exhaler ces prémices

Vous qui des ouragans laissiez flotter l’empire, Et dont l’ombre des nuits endormait le courroux Sur l’onde qui gémit, sous l’herbe qui soupire,

Et vous qui reposez sous la feuillée obscure, Qui vous a réveillés dans vos nids de verdure ?

Et moi, sur qui la nuit verse un divin dictame, Qui sous le poids des jours courbe un front abattu, Quel instinct de bonheur me réveille ? Ô mon âme,

C’est que le ciel s’entr’ouvre ainsi qu’une paupière, Quand des vapeurs des nuits les regards sont couverts ; Dans les sentiers de pourpre aux pas du jour ouverts,

Et son astre de flamme, aux bords de sa carrière, Tourne, et creuse déjà son éclatante ornière

Ô Dieu, vois dans les airs ! l’aigle éperdu s’élance

Sous les vagues de feu que bat son aile immense, Il lutte avec les vents, il plane, il se balance ; L’écume du soleil l’enveloppe à nos yeux : Est-il allé porter jusques en ta présence Des airs dont il est roi le sublime silence,

Ô Dieu, vois sur les mers ! le regard de l’aurore Enfle le sein dormant de l’Océan sonore, Qui, comme un cœur d’amour ou de joie oppressé, Presse le mouvement de son flot cadencé,

Le sombre azur du ciel que la nuit a laissé.

Comme un léger sillon qui se creuse et frissonne Dans un champ où la brise a balancé l’épi, Un flot naît d’une ride ; il murmure, il sillonne L’azur muet encor de l’abîme assoupi ; Il roule sur lui-même, il s’allonge, il s’abîme ;

Où va-t-il ? Il revient, revomi par l’abîme ; Il dresse en mugissant sa bouillonnante cime ; Le jour semble rouler sur son dos écumant ; Il entraîne en passant les vagues qu’il écrase, S’enfle de leurs débris et bondit sur sa base ; Puis enfin, chancelant comme une vaste tour, Ou comme un char fumant brisé dans la carrière,

Roule, et disperse au loin tous ces fragments du jour.

La barque du pêcheur tend son aile sonore, Où le vent du matin vient déjà palpiter, Et bondit sur les flots que l’ancre va quitter,

Luit comme une colline aux bords de l’horizon, Et réfléchit déjà dans ses plus hautes voiles La blancheur de l’aurore et son premier rayon.

Léviathan bondit sur ses traces profondes ; Et, des flots par ses jeux saluant le réveil, De ses naseaux fumants il lance au ciel les ondes, Pour les voir retomber en rayons du soleil.

Ô Dieu, vois sur la terre ! un pâle crépuscule Teint son voile flottant par la brise essuyé ; Sur les pas de la nuit l’aube pose son pié ;

L’ombre des monts lointains se déroule et recule,

Ses lambeaux, déchirés par l’aile de l’aurore, Flottent livrés aux vents dans l’orient vermeil ; La pourpre les enflamme, et l’iris les colore ; Ils pendent en désordre aux tentes du soleil, Comme des pavillons quand une flotte arbore Les couleurs de son roi dans les jours d’appareil.

Le rayon va pâlir sur les tours des cités, Et sous l’ombre des bois les hameaux abrités, Ces toits par l’innocence et la paix habités,

Font rejaillir au loin leurs flottantes clartés.

Le laboureur répond au taureau qui l’appelle, L’aurore les ramène au sillon commencé ; Il conduit en chantant le couple qu’il attelle, Le vallon retentit sous le soc renversé ;

Il mesure ses pas et son chant cadencé ; Sur sa trace en glanant le passereau se joue,

Le baume des sillons que la nuit a versé.

Mais tandis, ô mon Dieu, qu’aux yeux de ton aurore Un nouvel univers chaque jour semble éclore, Et qu’un soleil flottant dans l’abîme lointain Fait remonter vers toi les parfums du matin, D’autres soleils cachés par la nuit des distances, Qu’à chaque instant là-haut tu produis et tu lances, Vont porter dans l’espace, à leurs planètes d’or, Des matins plus brillants et plus sereins encor. Oui, l’heure où l’on t’adore est ton heure éternelle ; Oui, chaque point des cieux pour toi la renouvelle ; Et ces astres sans nombre épars au sein des nuits N’ont été par ton souffle allumés et conduits Qu’afin d’aller, Seigneur, autour de tes demeures, L’un l’autre se porter la plus belle des heures, Et te faire bénir par l’aurore des jours, Ici, là-haut, sans cesse, à jamais et toujours.

Montez donc, flottez donc, roulez, volez, vents, flamme, Oiseaux, vagues, rayons, vapeurs, parfums et voix ! Terre, exhale ton souffle ! homme, élève ton âme ! Montez, flottez, roulez, accomplissez vos lois !

Montez, volez à Dieu ! plus haut, plus haut encore ! Dans les feux du soleil sa splendeur vous a lui ; Reportez dans les cieux l’hommage de l’aurore, Montez, il est là-haut ; descendez, tout est lui !

Et toi, jour, dont son nom a commencé la course, Jour qui dois rendre compte au Dieu qui t’a compté, La nuit qui t’enfanta te rappelle à ta source ;

Tu n’es qu’un pas du temps, mais ton Dieu te mesure ; Tu dois de son auteur rapprocher la nature ; Il ne t’a point créé comme un vain ornement, Pour semer de tes feux la nuit du firmament, Mais pour lui rapporter aux célestes demeures La gloire et la vertu sur les ailes des heures,