French poem
Hymne du soir dans les temples
Où tu descends, Seigneur, à la voix d’un mortel !
Où la foi vient chercher et son pain immortel
Quand son dernier rayon fuit et meurt dans le dôme ; Quand la veuve, tenant son enfant par la main, A pleuré sur la pierre, et repris son chemin
Quand de l’orgue lointain l’insensible soupir Avec le jour aussi semble enfin s’assoupir,
Que la nef est déserte, et que, d’un pas tardif, Aux lampes du saint lieu le lévite attentif
Voici l’heure où je viens, à la chute des jours,
Et chercher, au moment où s’endort la nature,
Seigneur, j’aimais jadis à répandre mon âme Sur les cimes des monts, dans la nuit des déserts, Sur l’écueil où mugit la voix des vastes mers, En présence du ciel, et des globes de flamme Dont les feux pâlissants semaient les champs des airs !
Il me semblait, mon Dieu, que mon âme, oppressée Devant l’immensité, s’agrandissait en moi, Et sur les vents, les flots ou les feux élancée,
Je cherchais à monter, mais tu daignais descendre.
De s’élever si haut, de te chercher si loin !
De ton temple aujourd’hui j’aime l’obscurité ; C’est une île de paix sur l’océan du monde,
Par la mort et par toi seulement habité : On entend de plus loin le flot du temps qui gronde
Il semble que la voix dans les airs égarée, Par cet espace étroit dans ces murs concentrée,
Et que les saints échos de la voûte sonore Te portent plus brûlant, avant qu’il s’évapore, Le soupir qui te cherche en montant vers les cieux !
Pourquoi vous fermez-vous, maison de la prière ? Est-il une heure, ô Dieu, dans la nature entière,
Où l’homme, qu’en ces lieux ta bonté daigne attendre, N’ait devant les autels un parfum à répandre,
Mais c’en est fait : d’un pas que le respect mesure,
Mon pied silencieux se fait entendre à peine,
Et comme après Sina, de toi l’âme encor pleine, Ton prophète n’osait descendre dans la plaine, Je crains de profaner par la parole humaine Mes sens, encor frappés du souffle de mon Dieu !