Versos French Alphonse de Lamartine L’Humanité

French poem

L’Humanité

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À de plus hauts degrés de l’échelle de l’être, En traits plus éclatants Jéhovah va paraître : La nuit qui le voilait ici s’évanouit ! Voyez, aux purs rayons de l’amour qui va naître,

Un homme ! un fils, un roi de la nature entière ! Insecte né de boue, et qui vit de lumière ; Qui n’occupe qu’un point, qui n’a que deux instants, Mais qui de l’Infini par la pensée est maître, Et, reculant sans fin les bornes de son être, S’étend dans tout l’espace et vit dans tous les temps !

Il naît, et d’un coup d’œil il s’empare du monde ! Chacun de ses besoins soumet un élément ; Pour lui germe l’épi, pour lui s’épanche l’onde, Et le feu, fils du jour, descend du firmament.

L’instinct de sa faiblesse est sa toute-puissance ; Pour lui l’insecte même est un objet d’effroi : Mais le sceptre du globe est à l’intelligence ; L’homme s’unit à l’homme, et la terre à son roi !

Il regarde, et le jour se peint dans sa paupière ; Il pense, et l’univers dans son âme apparaît ; Il parle, et son accent, comme une autre lumière, Va dans l’âme d’autrui se peindre trait pour trait.

Il se donne des sens qu’oublia la nature, Jette un frein sur la vague au front capricieux, Lance la mort au but que son calcul mesure, Sonde avec un cristal les abîmes des cieux.

Il écrit, et les vents emportent sa pensée, Qui va dans tous les lieux vivre et s’entretenir ; Et son âme invisible, en traits vivants tracée, Écoute le passé, qui parle à l’avenir !

Il fonde les cités, familles immortelles ; Et pour les soutenir il élève les lois, Qui, de ces monuments colonnes éternelles, Du temple social se divisent le poids.

Après avoir conquis la nature, il soupire ; Pour un plus noble prix sa vie a combattu ; Et son cœur, vide encor, dédaignant son empire, Pour s’égaler aux dieux inventa la vertu !

Il offre en souriant sa vie en sacrifice ; Il se confie au Dieu que son œil ne voit pas ; Coupable, a le remords qui venge la justice ; Vertueux, une voix qui l’applaudit tout bas !

Plus grand que son destin, plus grand que la nature, Ses besoins satisfaits ne lui suffisent pas ; Son âme a des destins qu’aucun œil ne mesure, Et des regards portant plus loin que le trépas.

Il lui faut l’espérance, et l’empire, et la gloire ; L’avenir à son nom, à sa foi des autels ; Des dieux à supplier, des vérités à croire ; Des cieux et des enfers, et des jours immortels !

Mais le temps tout à coup manque à sa vie usée, L’horizon raccourci s’abaisse devant lui ; Il sent tarir ses jours comme une onde épuisée,

Regardez-le mourir !… Assis sur le rivage Que vient battre la vague où sa nef doit partir, Le pilote qui sait le but de son voyage D’un cœur plus rassuré n’attend pas le zéphyr.

On dirait que son œil, qu’éclaire l’espérance, Voit l’immortalité luire sur l’autre bord : Au delà du tombeau sa vertu le devance, Et, certain du réveil, le jour baisse, il s’endort !

Et les astres n’ont plus d’assez pure lumière, Et l’infini n’a plus d’assez vaste séjour, Et les siècles divins d’assez longue carrière Pour l’âme de celui qui n’était que poussière,