French poem
Le Rossignol
by Amable Tastu (1795–1885)
Il se méfie du voisinage de l’homme, et cependant il se place toujours à la vue de son habitation et à la portée de son ouie. Il chante alors un drame inconnu qui a son exorde, son exposition, ses récits, ses événemens entremêlés, tantôt des sons de la joie la plus éclatante, tantôt de ressouvenir amers et lamentables, qu’il exprime par de longs soupirs. BERNARDIN DE SAINT-PIERRE.
Sur l’azur plus pâle des cieux Le crépuscule étend son voile, Des bergers la bleuâtre étoile Pare son front silencieux. Des oiseaux le peuple sonore Suspend ses concerts éclatans, Seul, un Rossignol chante encore, De ceux qu’un précoce printemps Pour nos plaisirs a fait éclore. Premier né des premiers amours, Jeune enfant d’un soleil propice, Qui donc guida ta voix novice Dans ses mélodieux détours ? Que dis-je ! as-tu besoin d’un maître ? Non, non, il t’a suffi de naître. Semblable aux élus du Seigneur, Pour chanter tu vins sur la terre, Sans que ton hymne solitaire Ait d’autre but que ton bonheur,
D’autre témoin que le mystère. Mais non ; jaloux d’être écouté, Tu t’approches de nos demeures, Et ta timide vanité S’assure dans l’obscurité, Compagne nocturne des heures. Là, si nul bruit n’émeut les airs, Le chantre de la nuit paisible Trahit sa présence invisible Par de mystérieux concerts. Qu’alors une jeune indiscrète, Cherchant l’harmonieux chanteur, Ébranle autour de sa retraite L’abri d’un rameau protecteur, Soudain, effarouché, timide, Déployant son aile rapide, Il fuit ; et le suivant des yeux La vierge, à sa place arrêtée Muette, confuse, attristée, Pleure long temps de ses adieux !…