Versos French Amable Tastu Le Temps pascal

French poem

Le Temps pascal

by (1795–1885)

Listen in the reader

Ô cloche, dont le son frappe les airs lointains, Tu rappelles mon âme à ses premiers destins. Chrétien, la cloche t’appelle, Viens donc, viens donc, Viens prier à la chapelle, Viens chercher le saint pardon.

C’est pour l’Église romaine L’instant du deuil et des pleurs, Que cet instant qui ramène Aux champs leurs mille couleurs ; Là, tous les cœurs se découvrent, Là toutes les fleurs s’entr’ouvrent, Le saint temps rend à la fois Aux autels leurs vives flammes, Et la prière à nos âmes, Et les feuilles à nos bois.

Chrétien, la cloche t’appelle, Viens donc, viens donc, Viens prier à la chapelle, Viens chercher le saint pardon. Aux jours où plus pur peut-être, Le zèle est aussi plus prompt, J’aimais, sous la main du prêtre, À courber mon jeune front ; C’est qu’on s’estime à cet âge Moins, en valant davantage. Aujourd’hui j’ai, pour ma foi, Peur d’une oreille inconnue, Plus peur d’être seule émue Des mots descendus sur moi !

Chrétien, la cloche t’appelle, Viens donc, viens donc, Viens prier à la chapelle, Viens chercher le saint pardon.

Doux sont des jours de prière, De calme et de liberté ; Mais dans la profonde ornière Quand le char est arrêté, Quand du sable et de la boue Il faut dégager sa roue, Peut-il, Seigneur, vers les cieux, Dans une tâche si dure, Rester à ta créature Le temps de lever les yeux !

Chrétien, la cloche t’appelle, Viens donc, viens donc, Viens prier à la chapelle, Viens chercher le saint pardon. La bouche qui dès l’aurore Remplit un pieux devoir, Muette, se ferme encore Jusqu’à l’oraison du soir ; Car, avec le jour qui passe, Chaque labeur a pris place. Puissent du moins dans leur cours Tant de peines enchaînées Rendre à nos vieilles années Cette paix des premiers jours !

Chrétien, la cloche t’appelle, Viens donc, viens donc, Viens prier à la chapelle, Viens chercher le saint pardon.