Versos French Amable Tastu Roméo et Juliette, fragment

French poem

Roméo et Juliette, fragment

by (1795–1885)

Listen in the reader

Love goes toward love, as schools-boys from their books, But love from love, toward school with heavy looks.

juliette reparaît sur le balcon.St ! Roméo ! st ! st !… il n’a pas su m’attendre. Ah ! si je ne craignais qu’on ne vînt à m’entendre, Bientôt ma faible voix fatiguerait l’écho À redire après moi : Roméo ! Roméo !… Hélas ! il est parti ! Roméo !…

roméo.Hélas ! il est parti ! Roméo !…Qui m’appelle ? C’est mon nom que j’entends, c’est la voix de ma belle ! Combien, par cette voix murmuré doucement, Ce nom à mon oreille arrive promptement ! Oh ! parle, me voici !

juliette.Oh ! parle, me voici ! Roméo ?

roméo.Oh ! parle, me voici ! Roméo ? Douce amie ?

juliette.À quelle heure demain enverrai-je vers toi ?

roméo.Vers le milieu du jour.

juliette.Vers le milieu du jour.Qu’il va tarder pour moi ! Pourquoi t’ai-je appelé ? je m’en souviens à peine.

roméo.Laisse-moi demeurer, afin qu’il t’en souvienne.

juliette.Non, je ne songerais qu’au bonheur de te voir, Et tu pourrais en vain rester là tout ce soir.

roméo.Ah ! puissé-je y rester jusqu’à l’instant suprême, Te faire oublier tout et l’oublier moi-même !

juliette. Vois, il est presque jour ! je te voudrais parti, Et pourtant de mes vœux te tenir averti ; Comme le pauvre oiseau, qu’un enfant plein de joie Fait voltiger au bout d’une chaîne de soie, Et qu’un léger effort ramène à son côté, Tant son jaloux amour lui plaint la liberté !

roméo.Que ne suis-je en effet ton oiseau, Juliette !

juliette.Je le voudrais, ami, si ton cœur le souhaite : Mais non, entre mes mains lu pourrais trop souffrir, À force de t’aimer je te ferais mourir !… Bonne nuit ! bonne nuit, Roméo ! je te laisse ! De cet adieu si doux, si douce est la tristesse,

Que si j’osais long-temps écouter mon amour, Je te dirais, je crois, bonne nuit jusqu’au jour.

(Elle se retire.)

roméo.La paix soit dans ton âme, et puisse à ma prière Le sommeil le plus doux effleurer ta paupière ! De mon guide sacré courons chercher l’appui : Du moins de mon bonheur je puis m’ouvrir à lui.