French poem
L’Arbre du Cimetière
by Amélie Gex (1835–1883)
Près du mur écroulé, longeant le cimetière, Il est un chemin creux que le soir rend désert ; Et sur l’un de ses bords, comme un vieux solitaire, Vit un peuplier vert.
L’arbre croit ; chaque année, allongeant sa ramure, Son ombre s’agrandit sur le funèbre enclos, Et les morts, à l’abri sous sa frêle verdure, Goûtent mieux leur repos…
Quand la brise, en passant à travers le feuillage, Module doucement d’indicibles accords, Le passant croit ouïr, dans son triste langage, L’arbre parler aux morts :
Dormez ! reposez-vous dans vos couches d’argile, Enfant que Dieu reprit au milieu de ses jeux, Jeune homme au cœur vaillant, vierge au regard tranquille, Vieillard aux blancs cheveux…
« Dormez pendant qu’au loin rugissent les tempêtes, Que le flot des humains s’écoule dans la nuit, Que le grillon caché dans l’herbe sur vos têtes Bourdonne à petit bruit…
« Le printemps sur vos fronts épanouit la rose ; Zéphir vient soupirer sous vos ombrages frais ; L’oiseau chante en veillant sur la branche où repose Son nid dans le cyprès…
« Et moi, l’humble témoin d’un passé qui s’oublie, Vieillissant près de vous, ô mes chers bien-aimés, Je suis fier d’abriter sous une branche amie La place où vous dormez !…
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Puis quand l’automne vient, au souffle noir des brises, Le peuplier jaunit, et frissonnant encor, Secouant ses rameaux, couvre les tombes grises Avec ses feuilles d’or !