French poem
Pourquoi, mon Dieu, quand je te prie
by Amélie Gex (1835–1883)
Pourquoi, mon Dieu, quand je te prie, Me laisses-tu Seul et chétif, l’âme assombrie, Des vents battu,
Marcher toujours dans cette route Où chaque pas, Malgré tous les pleurs qu’il nous coûte, Mène au trépas ?
Tu donnes aux fleurs la rosée, L’air à l’oiseau, Et l’homme, hélas ! tige brisée, Frêle roseau,
N’a que la mort pour espérance ! Jusqu’au cercueil Il va dans l’ombre et l’ignorance Traînant son deuil…
Pourquoi laisser ta créature Trembler d’effroi ? Le doute est-il une torture Digne de Toi ?…
Partout, partout sur cette terre Je t’ai cherché ! Ton temple a vu sur chaque pierre Mon front penché…
Partout, en vain je te réclame, Seigneur, mon Dieu ! J’entre parfois, l’espoir dans l’âme, En ton saint lieu…
Près d’un berceau, souvent je tombe À deux genoux, Et je dis aux morts dans la tombe : « Le voyez-vous ? »
Hélas ! nulle parole humaine Ne me répond, Et ma voix monte, toujours vaine, Au Ciel profond !
Pourtant, mon Dieu, je te désire, Comme le jour Du soleil attend le sourire Et le retour.
Sans te voir, de Toi je m’enivre ! Mon triste cœur En lui, toujours sent battre et vivre L’amour vainqueur !
Je dis à la cloche qui tinte, Je dis au vent : « Portez, portez ma faible plainte « Au Dieu vivant ! »
Au parfum qui monte en la nue, Soupir des fleurs, Je dis : « Sur sa voie inconnue « Porte mes pleurs ! »
La nuit me voit, sous ses longs voiles Sondant l’éther, Chercher au-delà des étoiles Ton regard clair.
Quand tu prodigues ta lumière À l’astre d’or, Pourquoi faut-il que ma paupière Te cherche encor ?…
Et quand à l’oiseau tu révèles Ton doux appui, Pourquoi, Seigneur, n’ai-je pas d’ailes Tout comme lui ?…