Versos French Amélie Gex Terre morte

French poem

Terre morte

by (1835–1883)

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Ô lune ! lune si triste et si belle ! Es-tu vierge, es-tu mère ?… Sous la mouvante ogive De son palais d’argent, Aux cieux toujours captive, La lune va songeant…

La pâle solitaire, Au bord du sentier bleu, Chaque soir, à la terre Vient jeter un adieu :

« Sœur, je m’en vais, dit-elle, Seule au fond de l’éther, Dans ma course éternelle, Portant mon deuil amer.

« Pauvre planète morte Que le froid engourdit, La loi fatale emporte Mon triste sol maudit.

« Je suis spectre et fantôme ! Et, du sombre infini, Je parcours le royaume, Comme un monde banni.

« Je vais sans but, ni trêve, Sans espoir pour demain ! Ainsi qu’on fuit en rêve, Je poursuis mon chemin.

« Dans le ciel balancée, Comme un morne flambeau, Toujours triste et glacée, Je ne suis qu’un tombeau !

« Que m’importe si l’heure Me ramène le jour, Puisqu’ici nul ne pleure Sa fuite ou son retour ?

« Puisque dans mes bois sombres On ne voit plus d’amants, Que m’importent les ombres Sur mes grands lacs dormants ?

« Nul n’entend plus les brises Qui sanglotent parfois ; Des hautes vagues grises Nul n’entend plus les voix !

« Qu’importent les tempêtes Et leurs bruyants efforts, Puisqu’il n’est plus de fêtes Sur aucun de mes ports !…

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« Sœur, comme toi féconde, J’eus des jours triomphants : L’été, la gerbe blonde Couronnait mes enfants.

« J’eus des races vaillantes, Des fils fiers et nombreux : J’eus des villes bruyantes Et des sentiers poudreux.

« J’étais gloire et lumière ! Et mes soirs étaient doux… Le matin j’étais fière Du soleil mon époux !

« Mais Dieu qui me fit belle D’un souffle et d’un regard, Sur mon grand front rebelle Mit un voile blafard !

« Comme une ombre j’assiste Aux fêtes de l’azur, Je suis la mère triste Traînant son deuil obscur !

« C’est pourquoi sous l’ogive De mon palais d’argent Toujours blême et captive Je vais seule en songeant…

« Si mon rayon s’attarde Au ciel où je reviens, Sœur, quand il te regarde Plains-moi ! Je me souviens !…