French poem
Ii
by Anatole Le Braz (1859–1926)
Comme en un sursaut d’épouvante, L’âme des meubles a gémi... On vient d’entrer... c’est la servante: --Doux maître, avez-vous bien dormi?
Elle fait claquer les persiennes, Et l’aube du jour automnal Met sur les choses anciennes Son blanc sourire virginal.
Et, dans la chambre vieille et vaste, Mon cœur se ranime, frôlé Par cette odeur de pays chaste Qui se respire à Quimperlé.
L’eau gazouille dans les rivières; Des cloches tintent aux moustoirs; Et le caquet des lavandières Semble mousser sous les battoirs.
Sur la pointe du pied dressée, La fille, au dehors se penchant, Jette à quelqu’un, par la croisée, Son breton rythmé comme un chant.
Breton joli des Quimperloises, Qui, de leurs lèvres, grain à grain, En perles fines, en turquoises, S’égrène ainsi que d’un écrin.
Et tandis que la belle épanche Son parler clair, si doux, si lent, Le vent trousse sa coiffe blanche Comme une aile de goëland.
Et voici qu’en ma songerie Toute vague encor de sommeil, Je crois soudain que c’est «Marie» Qui me salue à mon réveil.
Suave, avec son air de nonne, Dans la ville de la Lêta, M’apparaît Maï la Bretonne Que Brizeux en France chanta...