French poem
I
by Anatole Le Braz (1859–1926)
J’ai laissé l’âme bretonne Chanter en moi son doux chant; Il est vieux et monotone, Il n’en est que plus touchant.
C’est la chanson de nourrice Dont enfant je fus bercé; Humblement consolatrice, Elle enchanta mon passé.
Si je pouvais la redire Aussi bien que je la sais, On l’entendrait, sans sourire, Même au grand pays français.
Les pasteurs dans la montagne, Les fileuses dans l’_armor_, Sont presque seuls en Bretagne A la fredonner encor.
Elle est douce sur les lèvres Des fileuses de lin clair, Ou quand les gardeurs de chèvres Sur les monts en sifflent l’air.
Mais que vaudra-t-il, ce psaume Du vieux peuple primitif, Sans la hutte au toit de chaume, Sans la mer au cœur plaintif?
Hélas! j’ai peur qu’on en rie, Et j’en serais désolé! C’est le chant de la patrie Chanté par un exilé.